«Ce que nous appelons le début est souvent la fin, et une fin est un commencement.» En citant l’écrivain T. S. Eliot, Ursula von der Leyen a voulu se projeter dans une Union européenne enfin débarrassée du cas britannique. «A tous les Européens, a poursuivi la présidente de la Commission, je dis: il est temps de laisser le Brexit derrière, notre avenir se fait en Europe.» A son allocution sobre et pondérée répondait celle, moins retenue, de Boris Johnson. Dessinant un avenir radieux pour son pays, le premier ministre s’est félicité: «Nous avons repris le contrôle de notre destin.»

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Mais de quel destin s’agit-il? Celui des Britanniques ou des Anglais? Les plus ardents brexiters les confondent allègrement. En réalité, les deux trajectoires sont désormais distinctes: la sortie de l’UE relève plus d’un projet centré sur le nationalisme anglais que britannique, et la fin de la relation entre Londres et Bruxelles signale le début d’une phase critique pour l’unité du Royaume-Uni.

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Vers un regain de tensions

C’est à Edimbourg, malgré le froid hivernal, que la température monte le plus. Si son parti remporte les élections au parlement local en mai prochain, la première ministre, Nicola Sturgeon, promet déjà un nouveau référendum d’indépendance. L’idée avait été rejetée par 55% des Ecossais en 2014, mais les derniers sondages indiquent que la proportion s’est désormais inversée. Et Boris Johnson n’a pas apaisé la situation en déclarant en novembre que la dévolution, cette semi-autonomie dont l’Ecosse bénéficie depuis 1999, avait été «un désastre».

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Les brexiters estiment que leur pays a retrouvé sa pleine souveraineté. Mais de quel pays parlent-ils alors que leur projet divise si profondément les quatre nations du royaume? Et qui blâmeront-ils pour l’inéluctable regain de tensions, maintenant que leur épouvantail favori – Bruxelles et ses cohortes de bureaucrates – n’est plus là?

«Jusqu’à récemment, les Etats-Unis passaient pour la démocratie occidentale la plus divisée et dysfonctionnelle, déclarait récemment l’ancien premier ministre Gordon Brown, lui-même d’origine écossaise. A présent, ceux qui se trouvent de l’autre côté de l’Atlantique pourraient être pardonnés de nous pointer du doigt.» Le Brexit touche à sa fin. Le Scoxit ne fait peut-être que commencer.

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