Revue de presse

Le Royaume-Uni ne sait plus comment sortir de l’UE, ni s’il le veut vraiment

Le vote crucial du parlement britannique, ce mardi, sur l’accord conclu avec Bruxelles sur le Brexit est loin d’être gagné. A Londres, le chaos idéologique est total, et la tenace missionnaire que se révèle être Theresa May joue ces jours-ci son avenir politique

Mayday, oui. Cette semaine, la première ministre britannique, Theresa May, va s’efforcer de sauver l’accord sur le Brexit récemment conclu, mais péniblement acquis à Bruxelles avec ses partenaires de l’Union européenne. Les jours à venir s’avèrent décisifs. C’est son fauteuil, désormais bien inconfortable au 10 Downing Street, qui vacille dangereusement. C’est que mardi, cet accord menace d’être retoqué lors du vote du parlement. Alors dimanche, pour tenter désespérément de sauver les meubles, elle est de nouveau sortie du bois, pour prévenir les députés qu’un rejet ferait courir le «risque très réel» d’un maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Boum.


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D’où la crucialité de ce vote, pour les politiques et pour les citoyens, martelée par la presse du Royaume-Uni qu’a brièvement décortiquée Reveil.courrierinternational.com. On le sait: celle-ci est très divisée sur le sujet depuis des mois, voire depuis des années. En attendant le verdict, selon Mme May, un rejet «signifierait une grave incertitude pour le pays, avec un risque […] de ne pas avoir de Brexit, ou de quitter l’Union européenne sans accord», a-t-elle mis en garde dans une interview donnée au Mail On SundayCe, alors que le Daily Mirror avait déjà décrété que son autorité était «en lambeaux» et que la première ministre était en train d’«agoniser» sous son parapluie, ce week-end, moqué comme un paratonnerre. Ce qui n’a pas empêché ce brillant discours d’être très largement partagé par les anti-Brexit:

Dimanche, pour le Guardian, la cheffe du gouvernement paraissait bien «seule», après avoir «ébauché sa propre nécrologie politique»: «A lonely figure»… Et le Sunday Times prétendait même qu’elle songeait à reporter le vote aux Chambres, afin de s’offrir un répit pour tenter de nouveaux compromis avec l’UE – mais on ne voit pas très bien lesquels, vu l’inflexibilité de Bruxelles – qui augmenteraient ses chances de voir «son» accord sauvé. Et, par la même occasion, son siège à Downing Street, sur lequel Jeremy Corbyn, le leader de l’opposition travailliste, jette déjà des yeux goulus.

Seulement voilà, dans un portrait que lui a consacré le New Statesman en septembre, Corbyn apparaît «à la fois exécré par une grande partie de la classe politique et médiatique, et en même temps il est très populaire auprès de la base»: «Tout à sa tâche de rassembler ces deux mondes, [il] a soigneusement fait l’impasse sur le Brexit, et s’est bien gardé de trop s’engager.» «Une attitude cynique qui ne peut plus durer longtemps», juge le Huffingtonpost.co.uk, qui écrit: «Même si Corbyn parvient à obtenir des élections générales et à les gagner, il devra mettre en œuvre le Brexit et n’obtiendra sans doute pas un meilleur accord que May»:

Quels sont les points fondamentaux qui posent problème? Toujours les mêmes. La semaine dernière, le correspondant à Londres d’Il Sole 24 Ore prédisait par exemple que le maintien de la Grande-Bretagne dans l’union douanière ne serait pas provisoire, quoi que puisse affirmer la première ministre, dans un article repéré par Eurotopics.net: «Si Londres et Bruxelles ne trouvent pas de solution sur la question nord-irlandaise […], l’ensemble du Royaume restera lié» par cette fameuse union.

«Ainsi, Londres ne pourra pas signer d’accords commerciaux autonomes, il ne retrouvera pas, en fin de compte, l’indépendance totale qu’il espérait et qui était la pierre angulaire de la campagne référendaire de 2016. Le Brexit perd tout son sens. Il ne s’agit plus que d’essayer de limiter les dégâts, sans perspective d’une récompense finale.» Mais «les avertissements incessants – et parfois exagérés – des acteurs économiques ont fini par anesthésier les Britanniques, pour qui les arguments identitaires et migratoires sont plus importants», relève tout de même Le Monde.

Bref, «le Royaume-Uni ne sait pas comment sortir de l’Europe, ni s’il le souhaite encore»: c’est ainsi que France Culture, qui s’est aussi plongée dans la presse britannique, résume la situation. Résultat: «En fin de course, Theresa May concentre toutes les critiques…» Il n’y a guère que le journal conservateur The Daily Telegraph pour lui tresser des lauriers, à elle et à son incontestable courage politique dans la tourmente:

Peut-être pensez-vous qu’elle a trahi l’idée même que vous vous faisiez du Brexit, avec son projet d’accord…

«… Peut-être estimez-vous qu’elle a engagé le pays sur la voie d’un désastre en s’entêtant à mettre le Brexit de toute façon en œuvre. Ou peut-être vous dites-vous, comme moi-même, qu’elle a fait de son mieux face à une tâche plus qu’épineuse, voire impossible. Elle a tenu bon, elle n’a pas lâché, […] mais peut-être qu’elle n’y arrivera pas.»

Selon l’Agence France-Presse (AFP), personne ne donnait d’ailleurs «cher de sa peau lorsqu’elle a pris les rênes du Parti conservateur après le séisme du référendum sur le Brexit. Mais Theresa May, fille de pasteur bosseuse et disciplinée, […] sérieuse voire austère et sans grand charisme, […] est alors apparue comme une figure rassurante dans un des moments les plus déstabilisants de l’histoire du pays»: «Je ne fais pas la tournée des plateaux de télévision. Je n’ai pas de potins à partager pendant le déjeuner. Je ne vais pas boire des verres dans les bars du parlement. Je fais juste mon boulot», se décrivait-elle au moment de briguer Downing Street…

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