Opinions

RPLP: un enjeu européen? Par Eric Hoesli

A quelques jours des prochaines votations fédérales, la fronde du «non» à la redevance poids lourds (RPLP) semble gagner du terrain en Suisse romande. Des pans entiers de la droite (lémanique en particulier) ont déjà cédé au front du refus et dans le sillage de la campagne épatante menée par la paysannerie contre l'initiative Baumann, la tentation d'un triple «non», sec et commode, se fait de plus en plus pressante.

Avouons-le, impôts nouveaux et contraintes routières n'ont que rarement trouvé les faveurs des Romands, de plus anciennes votations l'ont assez montré. Cette fois, pour compliquer encore l'affaire, il s'agit, en se prononçant sur la RPLP, de parer au danger d'un futur afflux de 40 tonnes à travers les Alpes. Or le Gothard est loin, mais les camionneurs sont proches, et souvent sympas. C'en es assez pour que les partisans romands de la RPLP puissent légitimement craindre le pire.

Pour faire contrepoids à ces fâcheux penchants, le Conseil fédéral emmené par Moritz Leuenberger mise lourdement sur l'attachement des Romands à la cause européenne. L'argument se résume aisément: la RPLP est une composante essentielle d'un accord bilatéral avec l'Union européenne; pour voter européen, votez donc contre les routiers.

Pardon de jeter un froid, mais avant d'entendre reprocher aux Romands leur «incohérence» ou leur «inconstance européenne» au soir du 27 septembre, il s'agit peut-être d'éclaircir ce malentendu. Après des années de silence gêné, on nous demande soudain de faire quelques concessions «pour l'Europe». Volontiers. Mais encore faudrait-il ne pas se tromper d'Europe. De quoi parlons-nous enfin? Des bilatérales? Et si c'est le cas, d'une voie de garage ou d'une marche vers l'adhésion? Le propos est de moins en moins clair. Du but final dépend pourtant le prix du voyage. Lorsqu'on entend Kaspar Villiger, Arnold Koller ou Adolf Ogi, on peut même parfois se demander si le Conseil fédéral veut encore aller quelque part. Dans d'aussi troubles conditions, on peut toujours demander aux Romands de payer leurs cotisations à la cause européenne, mais il serait illusoire de trop compter sur leur générosité.

Peut-on pour autant se résoudre à un refus de la RPLP et en négliger les conséquences sur nos relations avec l'Union européenne? Ce serait un dangereux calcul. Quel que soit son destin, la Suisse n'échappera pas à la question du transit routier à travers son territoire. Il est devenu évident notamment que la guérilla défensive qu'elle mène depuis des années sur l'épineuse question des 40 tonnes a atteint ses limites. Qu'elle soit membre de l'Union, liée à cette dernière par un traité spécial, ou qu'elle se constitue en réduit helvétique, sa fonction géographique et historique de passage l'oblige à un accord avec ses voisins. Un tel accord a été trouvé, et au terme de cette campagne, on ne voit pas poindre d'alternative crédible et acceptable par nos partenaires. Dans le meilleur des cas, la recherche d'une nouvelle solution (péages, etc.) nécessiterait d'interminables modifications légales et institutionnelles, autant d'années que nous préférerions voir consacrées à des discussions et des négociations portant sur l'essentiel. En cas de refus, nous répète-t-on, la confiance de nos voisins serait entamée. Il y a plus grave: celle que nous plaçons nous-mêmes dans la capacité de ce pays à évoluer ne le serait pas moins.

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