Voilà quatre mois que la RTS est plongée dans un psychodrame mortifère. Depuis que Le Temps a publié de nombreux témoignages accusant trois collaborateurs de la RTS de harcèlement sexuel et qu’on a soupçonné l’existence d’un «dysfonctionnement systémique» au sein du média de service public, l’affaire a pris une ampleur colossale. Des magistrats indépendants ont été requis. Un guichet des plaintes a été ouvert et un bureau d’avocat.es a traité plus de 200 doléances. Les enquêtes, qui devraient être bouclées depuis deux semaines, sont toujours en cours. Bref, tout cela a l’allure d’un scandale majeur, d’un «RTSGate» au parfum sulfureux. Mais il faudra attendre encore, pour savoir s’il s’agit d’une affaire d’Etat ou de trois cas – isolés – de comportements professionnels coupables. Mais quelle que soit l’issue de cette affaire, il y a déjà lieu de s’interroger sur ses retombées.

Mais d’abord la nécessaire déclaration d’intérêts: nous sommes deux anciens journalistes de la RTS. Nous ne faisons l’objet d’aucune plainte interne et condamnons toute forme de harcèlement sexuel ou psychologique. Nous sommes des mâles boomers, mais pas pour autant des croisés du patriarcat. Nous n’entretenons plus aucun lien – sinon affectif – avec la RTS, ce qui nous laisse libres de faire entendre ici une voix discordante et inquiète pour l’avenir de la radio-télévision de service public. A écouter ce qu’en disent, très (trop) discrètement, plusieurs de nos ancien.nes collègues, un climat délétère s’est installé à la RTS. Suite aux récriminations, toutes anonymes, publiées par Le Temps et d’autres médias, la chasse aux sorcie.res est ouverte, la suspicion plane, les rumeurs, les dénonciations fusent. Comme au temps du maccarthysme, tout suspect est décrété coupable et toute personne liée avec lui ou elle accusé(e) de complicité.