Editorial

Ruée vers l’orbite

Que signifie cette ruée vers les orbites basses à laquelle se livrent divers concurrents pour y placer des myriades de satellites aptes à diffuser Internet urbi et orbi? D’une part, si l’espace peut être infini, il ne l’est pas entre 800 et 1200 km, où ces sociétés privées placeraient leurs constellations. De l’autre, le spectre des fréquences de communication avec la Terre est limité, leur attribution se faisant selon le principe du «premier arrivé, premier servi». Mieux vaut donc annoncer ses intentions dès que possible.

Toutefois, dès que la demande pour un canal de fréquence est faite, le requérant a sept ans pour montrer qu’il peut mettre en service son système, sans quoi sa réservation tombe. Un délai court pour développer, construire et lancer des essaims de centaines, voire de milliers de satellites. D’autant plus lorsque l’on ambitionne de recourir à des technologies inédites, comme Elon Musk, de la firme SpaceX, qui pourrait remplacer les habituelles ondes radio par des rayons laser.

Tous ces projets étant embryonnaires, tenus bien secrets, la bataille se joue d’abord sur le plan de la communication, pour occuper le terrain et attirer les investisseurs. Chaque camp y va de ses révélations, de ses fuites. Le tout sur fond de revanche personnelle? Le boss de OneWeb, Greg Wyler, a claironné qu’il bénéficiait, pour son idée de nuée de satellites, du soutien du milliardaire Richard Branson, de Virgin, qui use de sa notoriété comme caisse de résonance. Cela deux jours avant que des médias ne révèlent qu’Elon Musk pourrait, lui, financer sa vision d’une armée de 4000 engins spatiaux avec une manne de Google. Or, Wyler a travaillé sur son projet dans un premier temps chez le géant du Web, avant d’être proche de Musk. Avec qui les ponts semblent donc coupés…

Tous les protagonistes de cette course à l’espace rappellent n’en être encore qu’aux études de faisabilité. Quoique très complexes, ces projets sont pourtant, techniquement, réalisables; des constellations de satellites moins performantes existent déjà. Au-delà des effets d’annonces, sans parler des coûts faramineux, on voit émerger la fantastique possibilité de connecter chaque être humain à Internet, où qu’il soit sur la planète, simplement, à moindres frais et sans interruption. Même dans un train CFF entre Genève et Lausanne.