Vaud

Ruiz-Gaillard, le jeune couple socialiste pointé du doigt

OPINION. L’entrée en fonction de Benoît Gaillard à la présidence de la CGN fait tiquer les partis de droite. Son élection pose la question d’un conflit d’intérêts compte tenu de l’accession potentielle de son épouse, Rebecca Ruiz, au Conseil d’Etat vaudois

«Il ajoute une corde à son arc», affirmait 24 heures le 19 janvier. Le socialiste Benoît Gaillard est, depuis le 1er janvier, le nouveau président de la Compagnie générale de navigation (CGN) sur le Léman. Un regard frais y sera apporté, promet l’ancien collaborateur personnel de la ministre vaudoise des Transports, Nuria Gorrite, avant de préciser avoir l’ambition d’exploiter davantage le lac comme axe de transport pour remédier à la saturation des routes et des voies ferrées alentour.

Selon des informations de La Liberté relayées dans Le Courrier, ce nouveau mandat «représente un gros 40% pour une rémunération estimée à 50 000 francs». Malgré sa fascination avouée dans les colonnes de 24 heures pour «les machines à vapeur que l’on peut voir à l’intérieur des bateaux», Benoît Gaillard n’a jamais navigué. Ce qui n’enlève rien à ses compétences en matière de transports, reconnues par ses pairs. Mais là n’est pas le problème.

Le canton, principal actionnaire de la CGN

Ce qui dérange, c’est le potentiel conflit d’intérêts que suscite la candidature de son épouse Rebecca Ruiz, socialiste également, au Conseil d’Etat. Sachant que le canton de Vaud est le principal actionnaire de la compagnie de navigation CGN, l’élection de sa femme, considérée par ailleurs comme favorite à la succession de Pierre-Yves Maillard, incitera-t-elle Benoît Gaillard à démissionner de sa toute fraîche fonction? Ou le slogan du PS «Pour tous, sans privilèges» serait-il usurpé?

Lire aussi: Rebecca Ruiz en favorite pour le Conseil d’Etat vaudois

La question ne trouve pas de réponse dans les colonnes des deux quotidiens romands. Elle a toutefois le mérite d’attiser la curiosité de certains députés PLR, qui se permettent même un écart moral en publiant l’article du journal de gauche sur leur page Facebook. «Nous avons de nouveau affaire à cette petite intelligentsia socialiste. En cas d’élection de Mme Ruiz, cette nomination posera un problème. Il ne peut pas y avoir des rapports de hiérarchie entre conjoints», invoque le vice-président du PLR, Alexandre Berthoud, sur le réseau social.

Sur Twitter, son parti relaie l’information. «A l’heure de la transparence, il reste à espérer qu’en cas d’élection de Rebecca Ruiz, Benoît Gaillard prendra ses responsabilités», écrit-il. Ce à quoi le principal intéressé répond: «Où est le conflit d’intérêts? Il n’y a ni rapport de subordination, ni contrat de travail avec l’Etat, ni rémunération par l’Etat.» Quant à la transparence, le nouveau président montre patte blanche en publiant un communiqué de l’Etat de Vaud, daté du mois de novembre, qui annonçait déjà son élection.

Accusés de copinage

Du côté de l’UDC, les réactions sont plus virulentes. Sur Facebook, Yohan Ziehli, président des Jeunes UDC vaudois, publie une vidéo choc sur fond de musique anxiogène qu’il intitule «Le Parti socialiste vaudois ou les petites promotions entre amis». Tout en accusant la gauche de copinage, le clip évoque les liens entre le milieu des transports publics et le PS.

Des condamnations qui exaspèrent Jessica Jaccoud, la présidente du Parti socialiste vaudois: «Ces élections dépendent d’une décision souveraine du Conseil d’Etat. Il est étonnant de constater l’absence de critiques concernant celles du député PLR Marc-Olivier Buffat, également à l’administration de la CGN, et de Fabienne Despot, elle-même UDC, à la compagnie du Chemin de fer Montreux-Oberland bernois», relève-t-elle au téléphone.

Egalement atteint jeudi, Benoît Gaillard déplore l’aspect insultant de la vidéo des Jeunes UDC. En ce qui concerne le potentiel conflit d’intérêts, le socialiste réclame une situation concrète. «Il ne sert à rien de se baser sur des hypothèses, souligne-t-il. La décision sera prise lorsqu’on connaîtra l’issue du scrutin au Conseil d’Etat.» En attendant, le nouveau président souligne vouloir s’engager pleinement pour les bateaux du Léman.

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