Éditorial

Rupture de confiance, rupture des réformes

ÉDITORIAL. Ce ne sont pas les «gilets jaunes» et leurs revendications qui sont en train d’enterrer l’espoir de réformes. C’est le manque de confiance généralisé qui paralyse la France. Plus ce pays toujours tenté par la violence s’installe dans la défiance, moins sa transformation est envisageable. Hausse des prix du diesel ou pas

La pire des caricatures serait de résumer la colère des «gilets jaunes» français aux inacceptables violences qui ont défiguré samedi plusieurs rues de Paris et d’autres villes, telle Marseille. Les images de l’Arc de triomphe aux mains des casseurs ne doivent pas nous faire trébucher dans le fossé des amalgames. Des centaines de milliers de Français expriment depuis trois semaines leur colère, à travers tout le pays, sans confrontation avec les forces de l’ordre et sans jets de pierres. D’où l’importance de savoir, lors de leur comparution immédiate et justifiée devant les tribunaux, qui sont ceux que le monde entier assimile à des insurgés. D’où l’importance aussi de comprendre pourquoi les forces de l’ordre ont été, ce week-end, à ce point débordées. La France n’est pas, comme on le croit souvent, condamnée aux barricades.

Lire aussi: «Gilets jaunes»: Emmanuel Macron veut relancer le dialogue

La seconde erreur serait de croire qu’à ce stade la réponse à ce mouvement mal contrôlé peut encore être l’affaire d’une audience à Matignon, ou d’une réunion d’urgence à l’Elysée. Les prises de parole successives d’Emmanuel Macron ont montré que le président français n’est plus entendu, tout comme ses ministres. Plus grave: les Macroniens eux-mêmes semblent aujourd’hui murés dans le silence. Où sont les contre-manifestants? Où sont les vétérans de la «grande marche» de la campagne présidentielle? Leur silence – hormis celui des élus – est éloquent. Il dit le problème de fond. Cette éruption française n’est plus l’affaire du prix du carburant, du ratio de dépenses, ou du pouvoir d’achat. Il s’agit d’une rupture de confiance. Le chef de l’Etat se fracasse à chaque embardée sur de nouveaux récifs. Son navire élyséen est, on peut le regretter, frappé à la ligne de flottaison.

S’il ne veut pas que cette rupture de confiance entraîne une rupture des réformes et ne tue son quinquennat, Emmanuel Macron doit donc agir. Et vite. Comment? En s’adressant par des gestes forts aux catégories les plus révoltées: retraités, salariés modestes du privé, provinciaux blessés par les fractures des territoires. La plaie des «gilets jaunes» ne cicatrisera pas avec des coups de menton ou un état d’urgence. Vu l’ampleur du mouvement et les dégâts causés à l’image de la France, perpétuer le face-à-face n’est plus une solution.

Publicité