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Nouveau studio de la chaîne de télévision Russia Today pour le monde francophone. Paris, 18 décembre 2017.
© GONZALO FUENTES/REUTERS

Nouvelles frontières

Russia Today: média d’Etat, chaîne de combat

OPINION. La chaîne du Kremlin Russia Today (RT) a commencé cette semaine sa diffusion pour le monde francophone. Un simple équivalent russe de France 24 comme le disent ses dirigeants?

La chaîne de télévision Russia Today (RT) a démarré sa diffusion en début de semaine depuis Paris à destination du public francophone. Forte d’une rédaction de 150 journalistes, dotée d’un budget de 20 millions d’euros financé par le Kremlin, RT et son marketing promettent un point de vue «alternatif», de briser le «politiquement correct», de donner la parole «à ceux que l’on n’entend pas dans les médias dominants», de «poser les questions que les autres n’osent pas poser».

Depuis quelques années, RT est, avec sa sœur Sputnik, le relais de la parole médiatique de Moscou à l’étranger. Hormis la promotion des intérêts russes, la chaîne épouse une lecture conservatrice du monde qui séduit la droite nationaliste aussi bien que la gauche souverainiste. Les groupes identitaires en font une référence en matière de «journalisme indépendant» avec ses cibles de prédilection: l’impérialisme des Etats-Unis (OTAN), le danger des migrants (musulmans), la décadence de l’Occident ou la faillite d’une Europe jugée trop libérale.

Comme France 24

Reste à savoir quelle influence aura cette chaîne dans le débat politique local. Le Front national, aussi bien que Les Républicains de Laurent Wauquiez ou les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon pourraient y trouver un utile relais. Il n’est pas non plus exclu que RT déboule dans le débat suisse romand à l’occasion, par exemple, d’initiatives populaires comme celle prônant l’interdiction de la burqa.

Il y a une différence entre un média d’Etat de service public et un média d’Etat au service d’un parti

A ceux qui, comme Emmanuel Macron, ne voient dans cette chaîne qu’un outil de propagande (RT a été avertie quatorze fois en quatre ans au Royaume-Uni par le régulateur des médias), ses responsables ont une réponse bien rodée: RT est une chaîne publique d’information internationale au même titre que France 24, la BBC, Deutsche Welle ou encore Swissinfo. Ni plus, ni moins.

Cette réponse est en partie recevable. Comme tout média d’Etat (ou non d’ailleurs), RT a ses biais, fait ses choix et offre une compréhension du monde qui est propre à sa culture politique. C’est bien là son intérêt. Et qui pourrait affirmer que la BBC ou Swissinfo sont parfaitement objectifs?

Mais au service de Poutine

Il y a par contre une différence essentielle entre un média d’Etat de service public et un média d’Etat au service d’un parti (ou d’un homme). Le premier suppose un cadre démocratique et des règles journalistiques assurant une certaine indépendance; le second est un organe de communication associé à un système autoritaire. La BBC, comme Swissinfo ou France 24, assurera la même qualité de service au gré des changements de gouvernement, de majorité politique ou même de directeur. RT suit les instructions d’un homme, Vladimir Poutine, comme la CGTN en Chine est aux ordres d’un parti, communiste en l’occurrence.

Cela n’empêche pas que des journalistes consciencieux travaillent au sein des rédactions de RT ou de la CGTN. Mais il faut être aveugle, ou malhonnête, pour affirmer, comme certains le font en France ou en Suisse, que RT est un simple acteur médiatique parmi d’autres qui participe d’une saine concurrence des points de vue. C’est en vérité une chaîne de combat. Et les informations qu’elle diffuse, ou du moins le narratif dans lequel elles s’inscrivent ne peuvent être dissociées du projet politique du maître du Kremlin.

Faire ce constat ne revient pas à condamner RT ou à appeler à sa censure immédiate (comme l’ont malencontreusement fait des spécialistes de la Russie dans une tribune au Monde). Mais dans cette nouvelle ère de guerre de l’information, il y a la nécessité d’une prise de conscience. A Paris, cela semble être le cas. En va-t-il de même à Berne?

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