J’ai déménagé en Russie en 2004, quand Loukachenko a fermé mon université. J’aurais pu aller étudier dans la belle ville de Prague, choisir Varsovie ou la merveilleuse Cracovie, mais ma grand-mère m’a dit que tout jeune homme éduqué devait absolument vivre au moins quelques mois de sa vie à Saint-Pétersbourg. Je l’ai écoutée. Nous étions en octobre, sous une neige mouillée. Le premier jour, j’ai failli être renversé deux fois par une voiture sur un passage piéton (je pensais naïvement pouvoir traverser quand le feu était vert pour moi). J’ai assisté à une bagarre à l’arme blanche, croisé un troupeau de chiens des rues qui n’appréciaient pas ma présence. Certains d’entre eux ont grondé en chœur. Ce n’étaient pas des impressions très agréables, pour un premier jour. J’ai observé des centaines de bâtiments sur le point de s’écrouler, mais le plus grand choc a été dans le domaine de la langue.