Le monde occidental a vécu quarante ans dans un état de guerre froide avec la Russie. Il s’agissait alors, à la suite de 39-45, d’un combat de titans entre deux idéologies: les démocraties capitalistes libérales d’un côté, les dictatures collectivistes marxistes de l’autre. Pour finir, l’URSS s’effondra d’elle-même mais les régimes communistes du XXe siècle laissèrent derrière eux entre 65 et 85 millions de morts, ce qui n’empêcha pas les intellectuels occidentaux d’en être les ardents soutiens, ni l’indicible cruauté stalinienne, ni la folie rééducative maoïste. Il était alors de bon ton d’être communiste, trotskiste, maoïste, dans ces mêmes milieux qui aujourd’hui vouent Poutine aux gémonies.

On ne touche pas au pacha ottoman

Pourtant, la Russie n’est qu’une de ces fausses démocraties qui prolifèrent à travers le monde, partout où un homme, un parti, une ethnie ou une oligarchie prend le pouvoir et le garde en muselant l’opposition avec des moyens plus ou moins musclés. On en trouve en Afrique, en Amérique du Sud, au Moyen-Orient et en Asie. La Russie est-elle la plus sanguinaire d’entre elles, la plus condamnable? Evidemment pas! Il suffit de comparer les quelques emprisonnements et décès d’opposants russes (trop nombreux, bien sûr) à l’ampleur de la purge organisée dès 2016 par Recep Tayyip Erdogan sous le prétexte d’un coup d’Etat manqué: 150 000 personnes limogées, la presse muselée, l’armée mise au pas, et 35 000 incarcérations dans les très réputées prisons turques! Alors que ces deux pays sont frontaliers de l’Europe et donc potentiellement dangereux, seule la Russie est la cible permanente des critiques occidentales et de ses sanctions. A l’inverse, on ne touche pas, ou si peu, au pacha ottoman, avec lequel il convient de garder des relations économiques et politiques étroites et que nul ne songe à faire sortir de l’OTAN.