Editorial

Russie: une sanction forte, exemplaire mais tardive

ÉDITORIAL. L'exclusion de la Russie pour quatre ans de toutes compétitions sportives internationales est une décision majeure de l'Agence mondiale antidopage. Mais le mal n'est-il pas déjà fait?

Dans l’histoire du sport, il est arrivé fréquemment que des pays soient indésirables. Au sortir des deux guerres mondiales, le camp des vaincus fut systématiquement tenu à l’écart, le temps que leur fréquentation redevienne acceptable par l’opinion publique. Puis ce fut l’Afrique du Sud, mise au ban en raison de sa politique d’apartheid entre 1964 et 1992. Mais jamais un pays n’avait été exclu au motif du dopage.
C’est depuis hier le cas de la Russie, que l’Agence mondiale antidopage (AMA) vient d’exclure de toutes les grandes compétitions sportives internationales pour une durée de quatre ans. La Russie ne peut pas participer en tant que nation aux épreuves, ni les organiser, ni même concourir à leur organisation, ni être représentée dans les instances dirigeantes internationales. Les autorités russes peuvent faire appel d’ici 21 jours devant le Tribunal arbitral du sport, mais il ne fait de doute pour personne que ces sanctions seront appliquées tôt ou tard.

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La Russie de Vladimir Poutine qui inaugure ce triste privilège n’a évidemment pas l’apanage du dopage, ni même de la tricherie à grande échelle et des complicités haut placées, mais elle semble la seule à se croire ouvertement encore au temps de la guerre froide. Sur la dernière décennie, 43 médailles olympiques lui ont été retirées, quatre fois plus que le deuxième pays le plus souvent sanctionné. Aux enquêteurs de l’AMA qui venaient récupérer pour les réexaminer 145 échantillons de sang ou d’urine de sportifs contrôlés entre 2011 et 2015, les Russes ont livré des pièces manipulées, parfois grossièrement falsifiées. D’autres ont purement et simplement disparu, comme au jeu du «pas vu pas pris».

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«La Russie a eu maintes fois l’occasion de rentrer dans le rang mais a choisi une autre voie», a regretté le président de l’AMA, Craig Reedie. Tant pis pour les athlètes russes, qui supportent désormais le fardeau de la preuve et devront prouver qu’ils ne sont pas dopés. «En détruisant les échantillons, les Russes ont laissé tomber leurs sportifs», constate le directeur de l’AMA, Olivier Niggli. Lorsqu’un général sacrifie ses soldats, c’est soit que le combat est perdu, soit qu’il est déjà gagné. D’une certaine manière, ce qui vient désormais n’a plus grande importance. Les Jeux olympiques 2014 de Sotchi ont été qualifiés de «grande réussite» par le CIO et la Coupe du monde de football 2018 en Russie a été jugée par le président de la FIFA Gianni Infantino comme «la meilleure de tous les temps».

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