Faut-il croire en l’avènement d’une relation rassérénée entre l’OTAN et la Russie? C’est l’espoir que suscite le sommet de l’Alliance atlantique qui se tient à Lisbonne en présence du président russe Dmitri Medvedev. Une manière de tourner définitivement la page de la Guerre froide.

Le sérieux réchauffement des relations russo-américaines depuis 2009, des intérêts communs pour éteindre le feu afghan et pour affronter les nouvelles menaces du XXIe siècle: les facteurs qui plaident pour l’ouverture d’une page «historique» dans la capitale portugaise ne manquent pas. Ils résonnent avec d’autant plus de pertinence qu’entre l’OTAN et Moscou la coopération en Afghanistan va encore s’accroître. En outre, le changement de rapports de force qui profite notamment à la Chine, à l’Inde ou encore au Brésil tend à marginaliser l’Europe et la Russie. Une coopération accrue entre l’Alliance et Moscou aurait le mérite de ralentir cette érosion de pouvoir sur la scène internationale. Enfin, autre signe révélateur, Washington ne semble plus freiner l’adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce.

Les obstacles à un nouveau concept stratégique entre l’OTAN et la Russie ne manquent pourtant pas. Malgré les progrès ponctuels, la confiance entre les deux est à restaurer. Comme puissance, la Russie a vu son aura s’éroder. Quant à l’OTAN, elle traverse une crise existentielle profonde, ne sachant pas si elle doit se concentrer sur son espace naturel, l’Europe, ou si elle doit embrasser une mission globale. L’affaiblissement de l’une et de l’autre pourrait inciter au rapprochement, mais il pourrait aussi le freiner. Enfin, l’ère des bons sentiments entre le Kremlin et la Maison-Blanche pourrait ne pas durer. Aux Etats-Unis, les républicains semblent prêts à sacrifier un traité majeur, Start, sur l’autel de la politique politicienne, indisposant par là même Moscou. La récente extradition aux Etats-Unis de l’ex-pilote soviétique et marchand d’armes présumé Viktor Bout est potentiellement une affaire explosive.

Le chemin de la réconciliation sera encore long. Mais de l’issue du sommet de Lisbonne pourrait dépendre en partie l’assise future de Dmitri Medvedev face à Vladimir Poutine, le pouvoir du président russe s’exprimant moins en Russie que sur la scène internationale.

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