Après quatre séries de débats consacrés à la justice internationale, aux addictions, à l'Afrique, et à la sécurité, c'est au tour de Korine Amacher, professeure d’histoire russe et soviétique à l’Université de Genève, de donner la parole à celles et ceux qui ont consacré leur vie à étudier l’histoire, la culture, la littérature, l’art et les sociétés d’Europe centrale et orientale.

Notre dossier: Russie-Ukraine, archipel de la guerre

Juillet 2022. Je suis à Mostar, une petite ville bosniaque très pittoresque. Les rues sont animées, les cafés bondés, les vacances battent leur plein. Mais au bout de la principale rue commerçante, la joie s’arrête. On entre dans un musée de la guerre et des victimes du génocide de 1992 à 1995: un témoignage terrible, à déchirer le cœur, sur les atroces crimes contre l’humain commis au cœur de l’Europe à la fin du XXe siècle. Dans la toute dernière salle, au milieu des mots des visiteurs, se dressent plusieurs pancartes en anglais. Elles sont là comme pour contrer le discours de ceux qui déplorent aujourd’hui la «tyrannie mémorielle» et dénoncent notre époque placée sous le signe de la culpabilité historique et soumise aux impératifs du repentir et de la responsabilité collective. «Never forget the past. No more war», «You need to come here and see what remains after the war» - préviennent les pancartes, tandis que dans d’autres salles, les films réalisés en 1992-1995 en ex-Yougoslavie et montrant les massacres, le sang, les pleurs, la souffrance, auraient pu être tournés aujourd’hui, en 2022, en Ukraine.