Alors que des hôpitaux ukrainiens sont bombardés et manquent de moyens de soigner civils et militaires, la Confédération refuse d’accueillir dans ses hôpitaux des patients ukrainiens qui ne peuvent recevoir les soins nécessaires dans leur pays. Elle oppose une fin de non-recevoir, malgré un accord de principe des cantons, à une demande émanant du Euro-Atlantic Disaster Response Coordination Centre. Ce centre de coordination euro-atlantique d’aide en cas de catastrophe est une organisation de l’OTAN, dont la mission est de planifier et de coordonner l’aide civile en cas de catastrophe ou de guerre. Il regroupe tous les membres de l’Alliance et ceux du Partenariat pour la Paix, auquel notre pays a adhéré en 1996 notamment pour s’associer à ses actions humanitaires.

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La réponse négative de la Suisse s’appuie sur des arguties juridiques, concoctées par le Département fédéral des Affaires étrangères. En tant que pays neutre, elle serait obligée de garantir que les militaires soignés en Suisse, une fois guéris, ne reprennent pas le combat. C’est en effet ce que stipule l’article 37 de la Première Convention de Genève. L’avis du DFAE en tire la conclusion abusive que la Suisse serait alors obligée d’interner ces militaires pour les empêcher de rejoindre l’armée ukrainienne. Les commentaires de l’article 37 précisent cependant que «chaque fois que cela est possible, les Puissances neutres doivent considérer d’autres solutions comme, par exemple, imposer aux personnes concernées de se présenter régulièrement à un poste de police ou de les assigner à résidence en les plaçant sous surveillance électronique». Nombre de ces personnes sont d’ailleurs vraisemblablement de proches parents des réfugiés ukrainiens si généreusement accueillis par notre population; nous contribuerions ainsi à regrouper des familles déchirées par la guerre.

Là où l’argument fédéral est particulièrement choquant, c’est lorsque le refus s’applique également aux civils; ceux-ci, selon le DFAE, ne peuvent pas être clairement distingués des militaires, car certains d’entre eux pourraient avoir pris les armes pour défendre leur pays.

La neutralité nous impose des devoirs et nous donne des droits. L’obligation de soigner les malades et les blessés, militaires ou civils, qui ne peuvent l’être du fait d’une guerre doit prévaloir sur toute autre considération. N’est-ce pas là le message d’Henry Dunant sur le champ de bataille de Solférino et du Comité international de la Croix-Rouge?

Nos hôpitaux sont prêts à accomplir leur mission auprès de blessés et de malades ukrainiens. Il suffit de les autoriser à le faire… Et d’organiser le transfert des malades et des blessés d’un pays martyrisé vers un havre sûr où ils pourront être soignés.

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