Les «Panama Papers» continuent à empoisonner la vie du premier ministre britannique, David Cameron. Mais il se montre vindicatif et bien décidé à ne pas se laisser faire depuis qu’il a été contraint d’avouer avoir détenu des parts dans la société offshore Blairmore Holdings – décrite par le Daily Mirror –, ce fonds d’investissement créé par son père, décédé en 2010. Il a donc contre-attaqué lundi en présentant des mesures ciblant les paradis fiscaux devant le parlement. Il «joue au pompier», se moque La Libre Belgique, il «tente d’éteindre l’incendie qu’il a lui-même provoqué par sa désastreuse stratégie de communication». Mais met «au défi les autres politiciens» de sortir du bois fiscal, écrit Le Devoir de Montréal.

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Dans la foulée, The Economist regrette cet «acte de transparence tardif», selon Courrier international, en expliquant qu’il «voulait protéger la vie privée de sa famille et […] avait peur que son père apparaisse» dans la presse aux côtés des «escrocs». «En disant qu’il s’agissait d’une affaire privée, il a érigé un mur» devant les journalistes, «ce qui a donné l’impression qu’il avait quelque chose à cacher». Il a donc eu tort de reporter «l’aveu qu’il avait bien des parts dans Blairmore, vendues juste avant de devenir premier ministre». The Independent déplore ces «cinq jours de tergiversations», avant l’entretien finalement donné à ITV News:

Mais cette interview n’a pas convaincu tout le monde. Elle «n’est pas de nature à mettre fin aux interrogations autour de sa situation fiscale», commente The Guardian. Car «le premier ministre est resté très évasif sur l’argent hérité de son père. David Cameron s’est contenté de dire qu’il ignorait s’il avait bénéficié d’une exemption fiscale», en disant qu’il était incapable de «remonter à chaque source de l’argent». Ajoutant, tristement: «Et Papa n’est plus là à présent pour que je lui pose ces questions.»

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Conclusion du quotidien: «Moins de trois mois avant le référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne, les révélations des «Panama Papers» pourraient fragiliser un peu plus le premier ministre britannique.» Pour le Tages-Anzeiger, «plus il perd en crédibilité, moins sa fonction lui confère de poids et moins il se montre convaincant – ce qui ne fait qu’accélérer la perspective d’un Brexit».

La confiance brisée

Car «il y a un rapport évident entre ce référendum et la confiance dans les élites, dont Cameron est un éminent représentant. Les «Panama Papers» brisent la confiance dans la justice, écrit Lidové noviny, en République tchèque. […] Les élites occidentales peuvent invoquer pour leur défense que les «Panama Papers» ne prouvent rien. Mais avec une pareille argumentation, elles ne feraient que conforter l’opinion selon laquelle seuls les pauvres et les imbéciles paient docilement leurs impôts.»

Pour sa part, le Times se montre bienveillant: Cameron finit tout de même par démontrer que «le monde politique britannique est toujours plutôt noble que corrompu». Car la pression est forte sur tous politiques en vue au Royaume-Uni: en Ecosse, la première ministre, Nicola Sturgeon, a aussi rendu publique sa déclaration fiscale, note le Scottish Daily Record, après la dirigeante des travaillistes, Kezia Dugdale, qui avait été la première à le faire, selon le Herald Scotland, suivie de celle des conservateurs, Ruth Davidson, peut-on lire sur le site de la BBC. Le chef de l’opposition, Jeremy Corbin, sur ce point, a été très clair:

Autre figure importante de l’establishment, le chancelier de l’Echiquier, George Osborne, «pourrait révéler des informations dans les jours qui viennent», avait prévu le Guardian. Cela a été fait, dit Le Figaro. Le journal britannique révèle en outre que «le patron du fisc britannique avait lui aussi des liens panaméens. Il s’agit d’Edward Troup, le directeur du HMRC, l’administration fiscale britannique, qui a lui-même lancé une taskforce sur le dossier des «Panama Papers». Avant de diriger le fisc, M. Troup «était un l'«associé d’un cabinet d’avocats londonien qui a représenté Blairmore Holdings et d’autres sociétés offshore», explique le journal.

Le site Eurotopics a quant à lui consacré lundi sa revue de presse du Vieux Continent à la question. Il cite notamment la Tageszeitung de Berlin, qui est choquée d’une offensive «à côté de la plaque» contre Downing Street. Pour elle, Cameron «a agi de manière exemplaire en revendant ses actions […]. Il n’est ni étonnant ni répréhensible qu’elles aient eu plus de valeur à la revente qu’à l’achat. Mais pour un certain populisme de gauche particulièrement naïf, il semblerait que le fait que quelqu’un ait amassé assez d’argent dans sa vie pour investir dans un fonds spéculatif suffise pour que l’on réclame sa démission.»

Les vraies questions

Oui, cela «arrange tout le monde de s’acharner contre un David Cameron en difficulté et de fermer les yeux sur les questions véritablement pertinentes», poursuit le quotidien allemand. Et d’énumérer ces questions précises: «Quel est l’argent qui, de par le monde, atterrit dans des fonds offshore dans les territoires britanniques d’outre-mer? Et que fait le fisc britannique pour empêcher que cet argent ne profite au crime organisé, au vol de l’Etat, au blanchiment d’argent et à l’évasion fiscale?»

Le Financial Times, enfin, ne ménage pas ses critiques, dans un commentaire caustique où il écrit que «les révélations montrent uniquement que la famille de Cameron est aisée, ce qui n’est ni illégal, ni nouveau»: «Comme on n’a trouvé aucun élément permettant de conclure à des fraudes […], on essaie de le dénigrer. […] Les journalistes qui font de la propagande ont non seulement prouvé que Cameron était désagréablement aisé, mais que son frère et sa sœur l’étaient eux aussi. Ils ont tous hérité de l’argent de leur père.»

«Quel affront!» poursuit le FT: «On peut aller jusqu’à dire que la mafia a infiltré Downing Street. Les adversaires de Cameron ont toujours considéré que son milieu familial était une faiblesse politique, probablement parce que les révélations seront un choc immense pour les très nombreux électeurs qui ont cru jusqu’à présent que Cameron était le fils d’un pauvre poissonnier.»

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