Editorial

Le Sahel, ce grand mirage sécuritaire

EDITORIAL. Emmanuel Macron se devait, pour Noël, de réveillonner avec les militaires de la force française Barkhane déployée au Sahel. Mais au Niger où le président français est arrivé vendredi, l’ambition de sécuriser cet immense territoire désertique pour contrer djihadistes et migrants apparaît plus intenable que jamais

Une intervention militaire est toujours insuffisante. Rien ne peut remplacer l’existence d’un Etat, la crédibilité de frontières reconnues et acceptées par les populations locales, et une situation économique capable d’absorber les chocs démographiques propres aux pays plongés dans un sous-développement chronique. Impossible d’oublier cela alors qu’Emmanuel Macron a choisi de se rendre au Niger pour son traditionnel déplacement de Noël aux côtés des troupes françaises qui y sont stationnées.

Les cartes et les infographies publiées par Le Temps dans son édition du 21 décembre disent tout ce que l’Europe doit se préparer à affronter en termes de migrations. Et tout ce que les militaires, aussi couronnés de succès soient-ils sur le terrain grâce à la supériorité de leur matériel, ne pourront jamais endiguer. Le Sahel, pour faire simple, est condamné à demeurer un redoutable mirage sécuritaire. Aucune force, aucune coalition régionale entre les pays de la région – par ailleurs dépourvus de tout ou presque – ne peut aujourd’hui prétendre y ramener un ordre qui n’y a jamais régné.

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Terre de tribus nomades dont les caravanes irriguèrent pendant des siècles une partie du commerce mondial, le Sahel est l’autre versant du cimetière qu’est devenue la Méditerranée. L’impossible intégration économique des Touareg, la déliquescence d’Etats africains incapables de survivre dans les frontières irréalistes léguées par la colonisation, et la prédation généralisée des maigres ressources disponibles par des élites concentrées dans les capitales, sont l’envers de ces routes d’exil empruntées par des millions d’Africains résolus à échouer coûte que coûte sur le continent européen.

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La force française Barkhane, 4000 hommes, s’est installée depuis 2014 comme le gendarme de la région. La formation de bataillons d’intervention africains, dans le cadre du G5 Sahel, en est la conséquence directe, tant son fardeau budgétaire est à long terme impossible à assumer pour Paris. Rien, malheureusement, ne montre que les résultats obtenus pour regagner ces immensités de sable aux mains de maraudeurs islamistes puissamment armés pourront y ramener durablement la paix. La pauvreté endémique de ces régions, l’absence de perspectives autres que la misère, le manque d’infrastructures de santé et de services publics y règnent toujours en maîtres. Le double jeu des populations, coincées entre l’étau militaire tricolore et les djihadistes, y est une question de survie.

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Les Etats-Unis ont durement appris, au Vietnam puis en Afghanistan, que la force seule ne triomphe jamais des peuples et de la géographie. La leçon militaire des opérations françaises au Sahel commence, malgré les apparences, à ressembler à ces échecs tragiques trop longtemps camouflés en prétendues victoires.

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