Aux confins du Mali, du Niger, du Burkina Faso, du Tchad et de la Mauritanie, l’immense région désertique du Sahel est loin, très loin d’être pacifiée. Pourquoi, d’ailleurs, le serait-elle? Il n’est qu’à lire les récits de l’époque coloniale, alors que la puissance occidentale était à son apogée en Afrique, pour se souvenir que ces confins, terres des nomades touareg et des caravanes, ont toujours été rebelles. Intervenir au Sahel, comme le fait la France depuis le déploiement de son armée au Mali en janvier 2013, n’aboutira dès lors jamais à une victoire totale. L’enjeu reste de contenir la menace djihadiste plutôt que de l’éradiquer.

Lire aussi l'article lié: Les sables du Sahel, défi militaire français

Cette mission, objet du sommet de la force multinationale G5 Sahel qui se tient ces lundi et mardi à N’Djamena (Tchad), est de plus en plus jugée à l’aune de l’échec des Etats-Unis en Afghanistan. Or, aussi séduisante soit-elle, cette comparaison a de sérieuses limites.

Lire également: Peut-on faire confiance à la France au Sahel?

La première limite tient à l’ampleur de l’effort militaire. L’Afghanistan, pays qui lui aussi ne fut jamais mis au pas par la colonisation, fut entre 2001 et 2011 (date du début du retrait décidé par Barack Obama) le théâtre d’un conflit de forte intensité opposant, au pic des opérations, une force multinationale de 130 000 soldats sous commandement de l’OTAN et une force américaine de 50 000 hommes. Le déluge de moyens mis en œuvre dans ce pays montagneux et farouche est donc sans analogie possible avec les 5100 hommes de la force Barkhane, les 13 000 Casques bleus de l’ONU au Mali et les 10 000 soldats du G5 Sahel. Deux mille GI sont morts sur la terre afghane, alors que 57 soldats français ont péri à ce jour.

Lire encore: Sahel: redéfinir notre engagement collectif

La seconde limite à cette comparaison provient de la nature de la menace. Les Etats-Unis, lancés dans l’expédition afghane à la suite des attentats du 11 septembre 2001, avaient d’autant plus de raisons de s’en retirer que leur sécurité immédiate n’était pas en danger. Le Sahel, à l’inverse, présente pour l’Europe un défi réel, aux portes de la Méditerranée. L’abandonner, face au risque sensible d’enlisement, entraînerait à coup sûr une déstabilisation régionale dont notre continent subirait les conséquences en termes de trafics, de flux migratoires et d’éventuelles attaques terroristes.

Aussi coûteuse et frustrante soit-elle, l’intervention militaire française peut difficilement être drastiquement revue à la baisse à court terme. Le piège s’est refermé sur la force Barkhane. Présente, elle encaisse les coups et paie chèrement le prix du délabrement politique et économique régional. Absente, elle laisserait derrière elle un Sahel-poudrière dont personne, aujourd’hui, n’est capable de mesurer les conséquences.


Pour en savoir plus, lire encore: