Josef Zisyadis ne pouvait que faire son lit à Obwald. Le cliché de la «Suisse primitive» servait idéalement les affaires électorales de l'éternel militant vaudois, soucieux de profiler la «gauche de la gauche» sur la scène fédérale. Obwald, quelle opportunité! Le Parti socialiste suisse a lui-même manqué d'y lancer un recours auprès du Tribunal fédéral contre l'adoption, le 11 décembre, d'un impôt dégressif par 85% des électeurs de ce demi-canton.

Encore fallait-il s'appeler Zisyadis pour savoir exploiter l'occasion. Qu'avait-il donc besoin de bousculer sa jeune famille en cherchant à s'établir du côté de Sarnen? Le conseiller national aurait pu rester à Lausanne et, précisément aujourd'hui, descendre ses mégaphones du grenier.

Car ce mardi, les députés du POP se battront une nouvelle fois au Grand Conseil vaudois pour que leur canton abolisse les forfaits fiscaux en faveur des riches étrangers. Forfaits autrement plus juteux que les gains espérés par les pauvres Obwaldiens.

Mais à Lausanne, la défaite sera sonnante. Aussi, ce même mardi, Josef Zisyadis consacrera à Berne une énième conférence de presse à ses tribulations dans les montagnes obwaldiennes. Quel succès déjà! Même Le Monde lui a accordé une tête de page.

Bravo. Mais quelle mauvaise foi. Il en faut beaucoup pour conspuer les Obwaldiens qui n'ont qu'un tort: vouloir maîtriser leur destin, freiner l'exode, réduire un des plus hauts taux d'imposition en Suisse, et réduire la part qu'ils obtiennent de la péréquation fédérale. Ils voulaient être modernes, se faire une place en Europe. Et patatras, tout le monde leur est tombé dessus, jusqu'à Bruxelles.

Alors on comprend que les Obwaldiens voient un démagogue en celui qui les malmène après tous les autres. On n'en voudra pourtant pas trop à Zisyadis. Si lui comme les autres transforme Obwald en bouc émissaire, au moins le fait-il avec un sens assumé de la provocation. Sur le mode émotionnel, il manifeste le besoin de repenser les relations entre cantons.

Ces derniers mois, Zoug et la Thurgovie, Zurich et Schaffhouse ont montré en débattant de l'enseignement des langues ou de leurs propres facilités fiscales quelle faible mesure ils accordent encore aux principes confédéraux. Il est temps que les Suisses se réintéressent aux singularités de leurs voisins.

En février, ils gagneront donc à suivre les carnavals d'Obwald où l'on rira beaucoup de ce diable de Vaudois, dont on ne sait s'il prêche pour un paradis ou un enfer fiscal.

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