La Bourse suisse rouvre les placards de feu SAirGroup et y découvre des cadavres. Ceux-ci sont déjà en état de décomposition avancée tant elle a attendu avant d'éplucher les comptes d'un groupe alors coté parmi les valeurs de l'indice SMI. A défaut d'amender, comme cela devrait normalement se faire, elle ne peut que blâmer vertement SAirGroup, en liquidation judiciaire. Le communiqué publié vendredi reflète l'absurdité d'une caractéristique bien helvétique: la lenteur.

Pourquoi la Bourse suisse a-t-elle mis autant de temps avant de s'apercevoir que les comptes du groupe ne reflétaient pas la réalité? La réponse vient de ses propriétaires: les grandes banques suisses. Celles-ci avaient peut-être tout intérêt à fermer les yeux en priant pour que SAirGroup s'en sorte en vendant des actifs et en se restructurant, afin qu'on ne découvre jamais l'ampleur de la catastrophe à laquelle elles ont aussi participé.

A l'époque, un analyste financier de Credit Suisse Group, bien isolé, soupçonnait fortement SAirGroup et sa galaxie de filiales de présenter des comptes de manière peu orthodoxe. On lui a vite fermé le clapet, en le licenciant. Il y eut une autre alerte générale, lorsque le groupe s'est permis d'interpréter les normes comptables à l'anglo-saxonne, en intégrant les avoirs du 2e pilier de ses salariés dans le bilan, ce qui est strictement interdit en droit suisse. Cela avait bien soulevé un tollé général dans le monde politique. Même la conseillère fédérale Ruth Dreifuss était intervenue pour rappeler à l'ordre la direction de SAirGroup. Tout cela n'a pas suffi pour faire réagir rapidement la Bourse suisse.

Personne n'a voulu franchement soulever le couvercle de cette cocotte en ébullition. L'affaire a fini par exploser au visage du monde économique et politique de ce pays. Le lot de consolation de la découverte de la Bourse suisse est qu'il donne des arguments supplémentaires aux avocats chargés de défendre les nombreux créanciers. Mais la procédure va prendre encore beaucoup de temps avant d'aboutir à un verdict. Les cadavres de SAirGroup risquent de n'être plus, d'ici là, que poussière.

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