«Pour l’Europe, le moment est venu d’agir.» Avec ces quelques mots si souvent entendus par le passé, Ursula von der Leyen a, lors de son premier discours sur l’état de l’Union prononcé mercredi devant les eurodéputés, redit à juste titre l’urgence engendrée, pour l’UE, par la crise sanitaire du coronavirus, la débâcle économique mondialisée et les défis géopolitiques venus de Chine, de Russie, de Turquie ou… du Royaume-Uni.

L’annonce, par la présidente de la Commission européenne, d’un projet imminent de réforme de l’accord obsolète de Dublin sur la gestion migratoire procède de cette urgence. L’incendie du sinistre camp de Moria sur l’île grecque de Lesbos, plaie ouverte pour une Europe qui continue de mettre en avant ses valeurs de solidarité et d’humanité, impose aux Etats membres de l’Union et aux pays associés de l’espace Schengen, comme la Suisse, de prendre des décisions maintes fois repoussées.

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Attendre n’est plus possible. Continuer, dans cette période de tensions récurrentes avec la Turquie, de faire porter le fardeau de l’asile aux seuls pays de première arrivée n’est plus acceptable. La réalité justifie donc d’abandonner l’actuelle troisième version de ce règlement signé en 2013 dans la capitale irlandaise. Et de le remplacer, dans les meilleurs délais, par un pacte migratoire réaliste, qui révisera les conditions d’accueil, comme les incitations au retour dans les pays d’origine. Pour les rendre à la fois plus efficaces et compatibles avec les inquiétudes légitimes des 450 millions d’Européens.

Ce réalisme doublé de volontarisme est, pour l’actuelle Commission, un cahier des charges très exigeant, tant les batailles simultanées énumérées par Ursula von der Leyen – sur l’Europe de la santé, sur les migrations, sur le plan de relance à 750 milliards ou sur le Brexit – s’annoncent difficiles. D’où l’insistance, dans le passage de son discours consacré au divorce avec le Royaume-Uni, sur l’exigence de solidarité. «Nous ne reviendrons jamais là-dessus. […] C’est une question de droit, de confiance et de bonne foi», a-t-elle averti.

La Suisse, où l’on votera le 27 septembre sur la résiliation, ou non, de la libre circulation (avec le risque d’une remise en cause consécutive de l’ensemble des accords bilatéraux), est dès lors prévenue: logiquement intransigeante avec Londres, la patronne allemande de l’exécutif bruxellois le sera aussi avec les autres pays tiers.

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