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Un enfant manipule un Rubik’s cube.
© CHRISTIAN BEUTLER, Keystone

Revue de presse

Sait-on enfin pourquoi l’humanité «est de plus en plus bête»?

Une étude norvégienne relance le débat sur la baisse du QI chez les générations nées après 1975 et l’attribue à des facteurs environnementaux. Tremblement de terre dans la presse

On sent parfois qu’il y a de la vengeance dans l’air, à une époque où les vieux sont moins considérés et plus souvent au chômage. «Les jeunes sont VRAIMENT de plus en plus stupides», titre le Daily Mail britannique. «Les millennials hommes sont vraiment de plus en plus bêtes» écrit le New York Post américain. Les deux tabloïds y vont frontalement, d’autres sont plus prudents – «Effet de Flynn: le QI est en baisse depuis 1975», titre la RTBF. «Dans les pays développés, on est de plus en plus bête» constate France Inter. Bref: reprise dans des centaines de médias, l’étude norvégienne intitulée «L’effet Flynn et son inversion sont tous les deux produits par l’environnement», publiée cette semaine dans la revue scientifique PNAS, fait sensation.

L’effet Flynn, découvert par le Néo-Zélandais James Flynn, veut que, partout dans le monde, le QI suive une courbe croissante, rappelle Le Monde, grâce à l’amélioration notamment de la scolarisation ou des conditions sanitaires. Son inversion a été observée en Norvège pour la première fois en 2004, puis dans d’autres pays développés, suscitant deux écoles: les unes mettent en avant des causes dites environnementales – écrans omniprésents, crise des familles, crise de l’Etat-providence, ou rôle des perturbateurs endocriniens sur le développement embryonnaire.

Mais d’autres invoquent «un effet dit «dysgénique» [par opposition à eugénique], qui voudrait que les familles les moins intelligentes procréent davantage et fassent donc baisser le niveau». Certains avancent aussi le fait que la hausse de l’immigration, entraînant l’arrivée d’enfants moins éduqués, fait baisser le niveau général. «Le sujet est sensible, voire inflammable» écrit Le Monde. En effet. «En 2016 et 2017, deux articles, l’un faisant la synthèse de la littérature existante, l’autre analysant les données de 13 pays, avaient successivement appuyé cette seconde thèse».

Des petits frères de plus en plus bêtes

L’originalité des deux économistes de l’Université d’Oslo, les norvégiens Bernt Brastberg et Ole Rogeberg, est d’avoir comparé les QI de frères, donc de personnes issues d’un milieu social identique, et aux gènes proches, grâce aux tests passés dans le cadre du service militaire par 730 000 jeunes hommes. Verdict: de la génération 1962 à celle de 1975, le gain en QI a été de 0,20 point par an, en moyenne. De 1975 à 1991, la chute enregistrée atteint 0,33 point. Autrement dit, une baisse de 7 points en trente ans. Due à des facteurs non génétiques ou sociologiques mais «environnementaux», sans plus de précision.

Des facteurs culturels peuvent être en cause: «Réjouissez-vous, critiques des jeux vidéo, des séries sur Netflix et des médias sociaux» plaisante Newsweek. D’autres mettent en cause l’omniprésence de produits chimiques dans notre environnement, comme la chercheuse Barbara Demeneix, professeure au laboratoire d’évolution des régulations endocriniennes au Muséum d’histoire naturelle de Paris, interrogée dans La Croix. «On peut noter que selon les statistiques des Nations unies, la production chimique aura augmenté de 300 fois en cinquante ans.» C’était la thèse du documentaire Demain, tous crétins de Thierry Lestrade et Sylvie Gilman sorti en 2017, qui avait suscité une belle polémique.

Mais La Croix donne aussi la parole à un autre scientifique d’avis opposé. «Globalement, aucune baisse générale n’est détectable, mais il semble néanmoins possible d’affirmer que les scores de QI progressent plus lentement qu’auparavant, et sont peut-être en train de se stabiliser et d’atteindre un plafond. Peut-être touchons-nous aux limites de la physiologie humaine, dans l’environnement physique qui est le nôtre» suppose Franck Ramus, professeur au laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistiques à l’Ecole normale supérieure.

Une mesure adaptée?

«Bien sûr que les scores des jeunes plafonnent, aucun test ne peut quantifier l’ampleur de l’intelligence moderne» écrit de son côté le Telegraph britannique, «peut-être que nous n’utilisons pas les bons instruments de mesure. Etre jeune en 2018 représente une existence plus fragmentée que pour toutes les générations d’avant. Nous ne parlons peut-être pas aussi bien français et allemand que nos distingués aînés, mais nous fonctionnons en mode multiple» – et de citer entre autres la maîtrise de la technologie, bien supérieure dans les générations d’aujourd’hui. Ne pas oublier que le QI mesure à un instant donné une des performances classiques de l’intelligence, l’abstraction logico-mathématique» et les capacités verbales. Pas autre chose.

L’étude en tout cas est largement commentée sur les réseaux sociaux. A noter d’ailleurs que des comptes se décrivant comme alternatifs ou très à droite attribuent autoritairement la cause de la baisse du QI aux bobos, à la bien-pensance, ou aux nouveaux systèmes d’apprentissage alors que les auteurs précisent bien qu’ils ne peuvent pas établir de hiérarchie entre déclin des valeurs éducationnelles, dégradation des systèmes éducatifs et scolaires, télévision et médias, dégradation de l’éducation au sein des familles, dégradation de la nutrition et dégradation de la santé.


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