Tout travail mérite un salaire digne. C’est la maxime qui agite aujourd’hui les pays anglo-saxons. Ces deux dernières semaines, le Royaume-Uni, New York et la Californie ont annoncé des hausses de leurs minima salariaux.

Outre-manche, ces derniers n’avaient guère évolué depuis leur introduction par Tony Blair en 1999. Quelle mouche a subitement piqué les pays des théoriciens du libéralisme qu’étaient Adam Smith et Milton Friedman? Que nous enseigne cette volonté de régulation dans des économies qui ont fait du «laissez-faire» leur référence?

Dans les pays anglo-saxons, l’écart entre les hauts et les bas revenus est devenu insupportable, qui plus est en situation de quasi plein-emploi. Aux États-Unis, le salaire minimum fédéral, de quelque 7 dollars de l’heure, est tellement déconnecté de la réalité économique qu’il ne sert qu’à légitimer des salaires misérables. Contraints aux sacrifices en temps de crise, oubliés par la relance économique, les mal lotis du capitalisme ont plus que jamais besoin d’une meilleure redistribution du revenu du travail. Même les principaux opposants au salaire minimum - au Royaume-Uni les conservateurs – admettent aujourd’hui qu’un rééquilibrage est devenu nécessaire.

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Une idée qui date du 17e siècle

C’est dans ce contexte qu’il faut lire le retour du salaire minimum. En Grande-Bretagne, il doit contribuer à diminuer la facture des aides sociales et à transférer une partie de l’addition aux entreprises. Aux États-Unis, à lancer un débat plus vaste sur une réforme du droit du travail. Dans les deux pays, on attend de lui qu’il assure une meilleure distribution des richesses. C’est beaucoup en demander à un outil datant du 17e siècle.

En Suisse, la question d’une rémunération minimale ne fait pas débat. L’initiative pour l’introduction d’un salaire minimum a 4000 francs a été balayée en 2014 par 76,3% des votants. Et malgré quelques initiatives cantonales, le débat est au point mort.

Pourtant, ici aussi le climat traduit d’un certain malaise vis-à-vis des promesses non-tenues du capitalisme. Le 5 juin, les Suisses devront se prononcer sur un revenu de base inconditionnel qui pourrait atteindre 2500 francs mensuels. Une initiative qui a pour ambition de mieux répartir la richesse nationale entre tous les citoyens. Elle sera pourtant refusée. Sèchement. Pas parce que les Suisses seraient trop libéraux pour un tel État providence. Mais parce que tout salaire mérite travail.