éditorial

Salaires: l’ONU doit prêcher par l’exemple

ÉDITORIAL. Au sein des Nations unies à Genève, des collaborateurs sont payés différemment bien qu’ils exercent le même type de travail. L’exemple montre que pour rester crédible, l’ONU doit être cohérente et ne pas avoir peur de s’attaquer à tous les dysfonctionnements, dans une transparence totale

Le moment est délicat. Aux Nations unies à Genève, une partie du personnel est en colère et le fait savoir à travers une pétition qui a déjà récolté près de 6000 signatures. A la suite d’une décision du Tribunal administratif de l’Organisation internationale du travail, plusieurs collaborateurs vont pouvoir récupérer l’entier de leur salaire, tronqué de 5,2% depuis février 2018. Mais nombre d’agences onusiennes comme le HCR ou le Palais des Nations n’ont pas cette chance. Cette disparité salariale pour un travail égal n’est pas le premier exemple où l’institution est incohérente avec les valeurs qu’elle porte. Mais cette fois, si elle devait durer, cette inégalité de traitement pourrait menacer la cohésion de l’ONU à travers le monde.

L’ONU étant sous très forte pression budgétaire de la part des Etats-Unis et de l’Europe, le niveau des salaires continue de susciter des discussions sans fin à New York. Mais Genève n’a pas de recette miracle. Elle reste un site onusien cher en raison d’un coût de la vie élevé et d’un franc fort. Or l’ONU Genève doit rester un employeur attractif si elle entend continuer à engager des collaborateurs performants.

A cet égard, elle a du chemin à faire. Nombre de contrats de travail demeurent précaires et sont renouvelés presque d’année en année. De nombreux stagiaires bien formés sont engagés sans être rémunérés. Cette forme «d’esclavage moderne» n’est pas digne d’une organisation qui est censée prêcher par l’exemple.

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Dans une ère où les tenants du national-populisme contestent l’existence même de l’ONU, celle-ci ne peut se permettre le luxe de ne pas combattre avec détermination les dysfonctionnements qui la minent. Le conflit interne sur les salaires n’est hélas pas le premier. Les dérapages de l’ex-directeur du Programme des Nations unies pour l’environnement Erik Solheim, la gestion insatisfaisante d’Onusida à l’ère Michel Sidibé ou les problèmes de gestion de l’UNRWA, l’agence d’aide aux réfugiés palestiniens, sont des exemples qui alimentent le scepticisme envers les Nations unies.

Mais on ne peut accuser l’organisation de tous les maux. Les Etats membres sont aussi responsables: lorsqu’ils ergotent quant au financement de ses opérations, ils mettent en péril son efficacité. C’est par exemple le cas dans la lutte contre l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo. Les conséquences sur le terrain de ce sous-financement peuvent être dramatiques.

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