Opinion

Les salariés de la SSR n’ont pas de privilèges

OPINION. Le Syndicat suisse des mass media (SSM) réagit à l’article du «Temps» intitulé «Les employés de la SSR restent exemptés de redevance», par la voix de Valérie Perrin, sa secrétaire régionale

Le Temps affirme, à tort, que «des milliers d’employés de la SSR demeurent […] exemptés ou bénéficient d’un allégement de leur facture Billag», ajoutant ailleurs que «cette faveur a même été prolongée d’un an». Et de terminer en parlant de «privilège» dont la pertinence «devrait se juger dans les urnes». Cette présentation des faits est trompeuse car le journal omet de préciser que la redevance due par les employé(e)s n’est pas impayée, mais prise en charge, entièrement ou partiellement, par la SSR. Cette disposition figure dans la Convention collective de travail et ne peut en aucun cas être évaluée sans tenir compte de l’ensemble des conditions de travail. Il ne s’agit pas d’un privilège et encore moins d’une exonération puisque la redevance est bel et bien acquittée pour chaque salarié(e).

La manière dont ces faits sont présentés au public, en laissant entendre que les employé(e)s de la SSR seraient des «nantis» et des «profiteurs», est indigne. En tant que syndicat nous sommes conscients que pour certains le montant de la redevance représente une dépense importante, c’est pourquoi le public a droit à une information complète. La prise en charge de la redevance par l’employeur représente une partie du salaire en nature. Des dispositions similaires existent dans la plupart des grandes entreprises de Suisse. Ce n’est ni choquant, ni exceptionnel.

La prise en charge de la redevance par l’employeur représente une partie du salaire en nature

Face au déferlement de contrevérités et de clichés auquel on assiste depuis quelques semaines sur les réseaux sociaux, et parfois aussi dans la presse au sujet des prétendus «privilèges» des employé(e)s de la SSR, rappelons quelques faits:

Travailler à la SSR ne garantit pas un salaire confortable

Les salaires SSR ne sont jamais au-dessus de la valeur du marché. Ils sont même 3,7% inférieurs par rapport à ceux versés par les grandes entreprises de médias pour les fonctions journalistiques. Plusieurs vagues de réductions budgétaires ont durablement installé un régime de stagnation salariale. Plus de 52% du personnel de la RTS travaille à temps partiel. Qui dit travail à temps partiel dit salaire partiel. Le salaire médian RTS est de 98 963 francs annuels à plein temps, 83 692 francs en tenant compte du temps partiel. C’est moins que dans la plupart des entreprises au niveau de formation comparable.

La production audiovisuelle demande de la flexibilité

Pour assurer son mandat de service public, la SSR bénéficie de 11 dérogations à la loi sur le travail (dont le but est de protéger la santé des salariés), soit plus que les hôpitaux. Pour les métiers qui gravitent autour de l’antenne, cela signifie une forte flexibilité: travail du soir/nuit, dimanche et jours fériés, temps partiel sur l’année avec fortes variations pour répondre aux besoins de la grille des programmes, amplitude importante sur la journée lors des opérations en extérieur, séquences de travail qui dépassent fréquemment six jours d’affilée.

Le temps partiel irrégulier est très répandu, rendant presque impossible une activité externe complémentaire, ce qui se répercute de manière négative sur le revenu. Travailler un week-end sur deux pour un salaire de 5 000 francs net, un «privilège»?

Des salarié(e)s comme les autres

Entre des mesures d’économies permanentes, un management calqué sur les méthodes du privé, le développement des technologies numériques et la nécessité d’être présent sur le Web sans moyens supplémentaires, le personnel de la SSR fait face, comme la plupart des salarié(e)s de Suisse, à des exigences de productivité en augmentation constante. Les risques pour la santé, notamment en termes de stress et de burn-out, sont très élevés.

Il y a deux ans, la SSR décidait de supprimer 250 postes de travail, malgré les nombreuses propositions de mesures alternatives soumises par le syndicat, qui auraient permis d’épargner l’emploi. La redevance à 365 francs dès 2019 sera synonyme d’environ 300 postes supprimés à la SSR. Les salarié(e)s de ce pays, et en particulier celles et ceux de la presse écrite passablement éprouvés par les récentes restructurations, ne doivent pas tomber dans le piège de s’en prendre à d’autres salarié(e)s.


Retrouvez tous nos articles sur No Billag.

Dossier
La controverse «No Billag»

Publicité