Revue de presse

Sale temps pour les météosensibles

Anticyclone des Açores, où es-tu? Pour beaucoup, il vaudrait mieux une bonne rincée pendant trois jours puis deux semaines de beau. Mais ce n’est pas le cas, et ils le vivent comme une injustice par rapport au contrat moral passé avec la météo

«Bonne nouvelle: il va bientôt enfin arrêter de pleuvoir», écrivions-nous il y a exactement 11 jours. La honte. L’arnaque totale. L’espoir naïf. Pardon pour cela. Et par avance pardon pour ceci s’il s’avérait que ce devait être un nouveau canular, ce site qui nous annonce une température de 30 degrés… mais dans deux semaines seulement:

Nous n’avons donc pas vu qu’on devrait encore avoir «le regard rivé sur les prévisions météo», comme le dit 24 heures. Comme «les gérants de terrasses et les organisateurs d’activités [qui] doivent prendre des décisions»… impossibles à prendre. Car «qui suit un peu les bulletins météo ne peut pas ne jamais en avoir entendu parler», écrit Le Parisien: «L’anticyclone des Açores, notre meilleur ami et notre principal allié dans le combat que se livrent zones de haute et de basse pression dans l’Atlantique, est aux abonnés absents depuis trois mois.»

Mais si le temps qu’il fait «en lui-même ne rend pas malade», précise le Dr Thomas Frei, biométérologue à l’Institut suisse de météorologie sur le site Family santé, «il constitue un stress supplémentaire pour une catégorie de personnes». Autrement dit, «les conditions météo sont un des facteurs parmi d’autres qui interviennent dans le déclenchement de certains malaises». Vous vous reconnaissez, vous qui, en France, en Suisse ou en Allemagne, ne l’avez pas vu depuis des plombes, ce traître d’anticyclone?

Poursuivons donc avec le docteur. «Face au temps qu’il fait, les spécialistes distinguent deux types de comportements: ceux qui s’adaptent sans broncher aux changements atmosphériques, fussent-ils capricieux, et les autres.» Les autres, c’est «entre 30 et 50% de la population», qui est météosensible. Outre les symptômes physiques connus comme les rhumatismes, «les fronts froids et humides» créent un «manque de luminosité naturelle», qui «peut être à l’origine de la dépression saisonnière». Mais cela, c’est en automne ou en hiver, pas au seuil de l’été!

D’ailleurs, «historiquement, cette idée d’une corrélation entre la météo et l’humeur est développée depuis l’Antiquité», explique 20 minutes France. «Mais c’est Montesquieu» – quand même dingue qu’il faille lire la presse gratuite pour en revenir à Montesquieu! – «qui lui a donné le plus de chair avec sa théorie très politique du climat, dans De l’Esprit des lois (1748): «Ce sont les différents besoins dans les différents climats, qui ont formé les différentes manières de vivre; et ces différentes manières de vivre ont formé les diverses sortes de lois.» Autrement dit […] il y a toujours cette idée que les peuples du sud sont plus ouverts, plus expansifs, là où les peuples du nord sont davantage dans l’introspection.»

Un peu caricatural? Certes, mais que dit encore le biométéorologue? Que «les personnes stressées sont plus sensibles aux sautes d’humeur atmosphériques» et qu'«un corps sain peut toutefois compenser des conditions météo défavorables. […] La météo sensibilité est une maladie de civilisation: il suffit de sortir au grand air plus souvent, de faire de l’exercice et de manger équilibré pour que l’organisme s’adapte mieux aux modifications de temps.» Moralité: sortez même sous la pluie. Et sachez que même Vinum SA offre un bon de 10 francs à ses abonnés sur les prochaines commandes de vins par Internet, jusqu'au 17 juin minuit, ce que l'entreprise appelle un «rabais de pluie»...

Bon, on veut bien le croire, mais «la dépression saisonnière a également des composantes psychologiques», lit-on sur le site de France Télévisions, article twitté ci-dessus. Car «plus il pleut, moins on sort, et plus on perd […] le contact social dont l’être humain se nourrit pour son bien-être. Le sentiment d’appartenance à la communauté tout comme la solitude ont de forts impacts sur nos humeurs. La morosité s’installe et est contagieuse parmi la population.» On ajoutera à cela que «nos attentes trop élevées par rapport à la réalité». En atteignant les derniers jours du printemps, «on a l’impression d’avoir passé un contrat moral avec la nature» qui n’a pas été respecté. Du coup, on vit ces longs moments «pourris comme des injustices».

Mais en fait, «les gens oublient que, en Suisse, le mois de juin est le plus arrosé», indique encore le directeur de la météorologie chez MeteoNews, Frédéric Glassey, dans 24 heures: «Le véritable souci – qui pèse sur le moral – est la pluie qui tombe quasi tous les jours. Il vaudrait mieux une bonne rincée pendant trois jours puis deux semaines de beau» mais, dans le canton de Vaud, par exemple, «la dernière série de sept jours totalement secs remonte à début mai». Mieux vaut donc le prendre avec humour et regarder la télévision bien à l’abri des précipitations:

Et puis, il y a tout de même «quelques réflexes incontournables pour garder le moral malgré le mauvais temps», malgré la grisaille, la pluie, les inondations, les températures en dessous des normales saisonnières et ces mois de mai et de juin qui «ont des parfums de novembre», selon Metro Belgique et Le Soir de Bruxelles. Outre la luminothérapie, «une étude américaine, publiée dans Jama Psychiatry, vient de montrer que l’exposition de la peau à la chaleur infrarouge» pouvait stimuler la production de sérotonine, l’hormone liée à la régulation de l’humeur. Or «actuellement, un dispositif accessible au grand public existe. Il s’agit du sauna japonais qui diffuse une chaleur sèche comme celle d’un sauna classique générée par des infrarouges permettant au corps de transpirer en profondeur et de vivre une expérience similaire à un bain de soleil.»

Sans doute plus discutable, mais pourquoi pas?, «c’est le moment idéal pour convoquer ses plus beaux souvenirs de voyage». Soirée diapositives?!? Non, «en proposant à sa conscience d’imaginer de belles images, on fait barrage aux clichés gris environnants. Concrètement, on pratique en fermant les yeux – si possible allongé – en respirant calmement par le ventre et on laisse venir les scénarii synonymes de lumière et de plaisir. Le but est de vivre le plus de détails possible de ce contexte: les couleurs, les odeurs et les sons. Les situations peuvent être imaginées ou réellement vécues dans le passé, peu importe.» Sans parler des autres dérivatifs: le magnésium, les oméga-3, les huiles essentielles… «L’éventail est large.» On y croit. Ou pas.

Le malheur des uns faisant souvent le bonheur des autres, Le Matin, lui, a pensé au bonheur… des limaces. «Les jardins sont trempés, les limaces y abondent, confirme l’horticulteur Claude Ropraz, responsable des garden centers Jumbo en Suisse. Entretenir ses plantations cette année demande beaucoup d’huile de coude. Tout pourrit, les maladies arrivent. Il n’y a pas de miracle, il faut sarcler, nourrir les sols qui ont été lessivés.» Mais «encore faut-il avoir le moral pour le faire. Dans les garden centers, les ventes de plantes et d’outils de jardinage sont très faibles, comme celles des grills, évidemment. Il y a toutefois un produit qui a un gros succès, autant chez Migros que chez Jumbo: les robots tondeuses. Moins fatigant et surtout, ces temps, pratique pour tondre plus souvent, même avec de l’herbe mouillée.»

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