#BruissementsDigitaux

Saletés de frontaliers qui arrivent en retard

Notre chroniqueur fouille les circonvolutions du Net politique et des politiques sur le Net

Elle m’a regardé et a dit: «Désolée.» Désolée de m’avoir fait attendre. Pas longtemps à mes yeux, une éternité aux siens. La hiérarchie devait l’avoir bien formée. Un client satisfait est un client qui revient.

Elle devait approcher la soixantaine, d’origine allogène, le corps potelé sur lequel une tête engoncée peinait à dépasser le comptoir visqueux de cette chaîne de fast-food. Une petite femme à la peau brillante et aux cheveux gras qu’un élastique avait emprisonnés, pour qu’ils ne caressent surtout pas ses épaules. Je les ai trouvés magnifiques, ses cheveux gras.

Elle était ridiculement belle malgré un pantalon – bleu pétrole d’origine mais sévèrement tacheté – élevé à hauteur de nombril. Nul doute que l’atrocité vestimentaire aurait suscité une régurgitation de Spritz à tout hispter genevois à barbe et chemise à carreaux. Qu’importe. Au royaume du burger, elle est devenue, ce matin-là, ma Cendrillon.

Fichu destin. Moi qui pensais évoquer la tentative d’assassinat de Thierry Meury à coups d’absence de talent (laliberte.ch/news/thierry-meury-le-bouffi-du-roi-271133) et son sauvetage par les internautes sur les réseaux sociaux. C’était ça ou le nouveau soap opera de @DariusRochebin (Moi avec Paulo Coelho, moi avec Schneider-Ammann, moi avec Bernadette, moi avec Gérard) aux allures de Martine à Davos.

C’était ça jusqu’à ce que je tombe sur cette caissière qui avait l’âge de mon père. Les rétines goinfrées de dérapages d’élus, le groin humant le propos sot et le nez embourbé à force de sniffer du fil Twitter, j’en avais presque oublié l’existence de ces fragiles moments d’humanité.

Si votre lecture s’est poursuivie jusqu’ici, j’espère qu’elle le fut par désir humide de saisir le titre de cette chronique. Il ne reste parfois que la fourberie pour capter les précieuses minutes d’un lecteur. Pour les plus inquisiteurs d’entre vous, je vous invite à vous fendre d’un courriel au député et secrétaire général du Mouvement Citoyens genevois François Baertschi (francois.baertschi@gc.ge.ch). Lui seul pourra apporter une lumière – j’en suis sûr – aux propos qu’il a publiés sur la page Facebook de l’émission En ligne directe de la RTS (facebook.com/enlignedirecte). Quoi de plus direct qu’un sympathique e-mail?

Quant à ma belle, elle m’avait réservé une dernière surprise, celle de glisser dans ma commande un corps étranger, d’ailleurs infect à l’accoutumée. Jamais un chausson aux pommes n’avait été aussi délicieux. Parfois, c’est l’émetteur qui rend savoureux le message.