12 août 2022, « Chautauqua Institution », centre culturel situé dans l’Etat de New York : Salman Rushdie, écrivain anglo-américain d’origine indienne, âgé aujourd’hui de 75 ans, a donc été grièvement blessé, sauvagement poignardé au cou et dans l’abdomen, alors qu’il s’apprêtait à donner une conférence sur scène, trente-trois ans après qu’une fatwa, décret de mort à durée indéterminée («éternelle» dans le langage islamiste), ait été émise le 14 février 1989, avec une récompense de trois millions de dollars (à l’époque!) pour son assassin, par l’ayatollah Khomeiny, ancien guide suprême de la République Islamique d’Iran, à son encontre. Son hypothétique crime, aux yeux de ces fanatiques religieux d’un autre âge? S’être rendu coupable, tout à la fois, de «blasphème» et d’«apostasie», tous deux sanctionnés par la peine de mort selon l’interprétation la plus extrémiste de la foi musulmane, et plus précisément de l’obscurantiste charia, pour avoir écrit et publié, à travers le monde, ses Versets Sataniques: livre très vite devenu, suite à sa publication, en 1988, une des œuvres de fiction – un roman et en aucun cas un essai à thèses – les plus universellement célèbres.

Une question de libre pensée

Ainsi, nous, signataires de la présente lettre publique, ardents défenseurs de la libre pensée et de la réflexion critique, des droits de l’homme et de la femme, exprimons, face à cette agression abjecte, en tous points contraire à l’esprit de tolérance, à la liberté d’expression comme de conscience, au respect des idées et au sens même de la démocratie, notre entière solidarité, notre total soutien moral et notre complète compassion humaine, envers Salman Rushdie, l’un des exemples les plus éminents, estimables et courageux, de la lutte contre toute forme de totalitarisme, de dogmatisme ou d’intégrisme, qu’ils soient politiques, idéologiques ou théologiques.

Un Voltaire des temps modernes

A lui donc, Salman Rushdie, ce Voltaire des temps modernes, digne héritier de l’illustre Siècle des Lumières, intellectuel de haute volée et de noble tenue, nos pensées les plus chaleureuses, amicales et fraternelles, accompagnées bien sûr, en cette sombre et triste circonstance, de nos vœux, les plus sincères, de prompt rétablissement!

Au nom de la liberté, de l’humanisme et de la tolérance! C’est également là, par-delà la tragédie d’un acte aussi barbare, par-delà même ce danger permanent que représente la menace du fondamentalisme islamiste, un enjeu, planétaire, de civilisation: civilisation dont, lucides et vigilants, nous défendrons partout et toujours, inlassablement, les imprescriptibles valeurs, démocratiques aussi bien qu’éthiques!

Un symbole

L’avertissement, il y a près de deux cents ans, du grand poète Heinrich Heine s’avère hélas aujourd’hui, comme en 1933 déjà avec le gigantesque autodafé des nazis, d’une dramatique, récurrente mais non moins écœurante, actualité: « Là où l’on brûle les livres, on finit aussi par brûler des hommes ». A méditer, plus que jamais, en ces jours de malheur où nous nous tenons donc, fermes et résolus, aux côtés de cet universel symbole de la liberté qu’est, effectivement, Salman Rushdie !

Les signataires

Daniel Salvatore Schiffer: philosophe, écrivain, éditorialiste.

Florence Belkacem: écrivain.

Rachid Benzine: écrivain, politologue, chercheur associé au fonds Paul Ricœur.

Véronique Bergen: philosophe, écrivain.

Jean-Marie Brohm: sociologue, professeur émérite des Universités.

Carino Bucciarelli: écrivain, président de l’Association des Ecrivains Belges (AEB).

Sophie Chauveau: écrivain.

Nadine Dewit: artiste-peintre.

Emmanuel Dupuy: président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE).

Lou Ferreira: philosophe, dramaturge, présidente du Cercle Philosophique et Esthétique Wildien.

Luc Ferry: philosophe, ancien Ministre français de l’Education Nationale.

Renée Fregosi: philosophe, politologue.

Guy Haarscher: professeur émérite de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), professeur au Collège d’Europe.

Jean Jauniaux: écrivain, président honoraire de PEN Belgique (francophone).

Alexandre Jardin: écrivain.

Catherine Louveau: sociologue, professeure émérite des Universités.

Christian Lutz: PDG des éditions Samsa.

Isabelle de Mecquenem: philosophe, membre du Conseil des sages de la Laïcité.

Maryam Namazie: porte-parole du Comité International contre la Peine de Mort et la Lapidation (« One Law For all »), dont le siège est à Londres.

Edgar Morin: philosophe, sociologue.

Véronique Nahoum-Grappe: anthropologue.

Yves Namur: poète, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique.

Eric Naulleau: essayiste.

Françoise Nore: linguiste.

Fabien Ollier: directeur des éditions QS ? et de la revue « Quel Sport ? ».

Enayatullah Rassoli: membre d’ « Amnesty International », président de BIGHRO (Belgian Independent Global Human Rights Organization).

Robert Redeker: philosophe.

Eric-Emmanuel Schmitt: écrivain, dramaturge.

Guy Sorman: économiste, essayiste, directeur de France Amérique.

Annie Sugier: présidente de la Ligue du Droit International des Femmes (association créée par Simone de Beauvoir).

Pierre-André Taguieff: philosophe, historien des idées, directeur de recherches au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS).

Valérie Trierweiler: journaliste, écrivaine.

Alain Vircondelet: écrivain, universitaire.

Olivier Weber: écrivain, grand reporter, ancien Ambassadeur de France pour la lutte contre l’esclavage.

Jean-Claude Zylberstein: éditeur, ancien avocat de Salman Rushdie et de l’éditeur français (Christian Bourgois) des « Versets Sataniques ».

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