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Le stand de Mitsubishi au Salon de l’auto de Genève, le 7 mars 2018.
© Martial Trezzini/Keystone

Automobile

Au Salon de l’auto de Genève, les hôtesses brillent par leur absence

Le salon automobile genevois, qui ouvre ce jeudi, accueillera moins de modèles féminins sur les stands. Une décision prise par les constructeurs automobiles. Ils veulent éviter toute critique consécutive au mouvement #MeToo

Elles étaient perchées sur leurs talons hauts, belles, souriantes et effleuraient les carrosseries de bolides rutilants. Les hôtesses du Salon de l’automobile de Genève semblaient inamovibles. Leur silhouette affriolante devait attirer l’œil des consommateurs masculins. Ce temps est désormais révolu. Les constructeurs renoncent à cette tactique marketing, sous la pression du mouvement mondial #MeToo contre le harcèlement sexuel.

Ce jeudi, au moment de l’ouverture des portes, le public se contentera d’admirer les courbes des nouveaux véhicules. Un nouveau paysage qui marque un potentiel changement de cap pour une industrie depuis longtemps tournée vers les hommes. Il était temps. Chaque année, la présence de modèles féminins fait grincer des dents. En 2012, Le Temps ironisait déjà à ce sujet en parlant d’une «formidable exposition de femelles» à Palexpo.

L’article de 2012: Le Salon de la femme

Il y a un an, deux femmes à la chevelure blonde déambulaient encore sur le stand de SsangYong. Elles portaient une robe argentée moulante et des talons hauts. Pour cette nouvelle édition, le décor est bien différent. Le fabricant sud-coréen a choisi des modèles masculins et féminins, habillés en tenue de sport, pour promouvoir sa nouvelle gamme.

Lire aussi: A Genève, le salon du vieux monde automobile 

«Les temps ont changé»

Les grands constructeurs ont également annoncé qu’ils renonceraient à cette tradition, qu’ils jugent désormais archaïque. C’est notamment le cas de Nissan. «Les temps ont changé», affirme Sara Jenkins, porte-parole de la marque en Suisse, au média américain Bloomberg. Avant d’ajouter: «C’est plus logique de faire appel à des spécialistes, car on vend des voitures.»

Sur le stand de Peugeot, les visiteurs seront accueillis par des hôtes masculins et féminins dont la mission sera également d’informer. «Le groupe PSA ne veut pas véhiculer une image dégradante de qui que ce soit, ni des femmes ni des hommes», explique le porte-parole du groupe, Pierre-Oliver Salmon, dans un courrier électronique portant le mot-dièse #nocarbabes, toujours selon Bloomberg.

Le concurrent Renault change aussi ses pratiques. Une décision qui pèse lourd dans le secteur, puisque l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi est devenue le premier constructeur mondial en 2017. La société assure que l’apparence n’a plus d’importance, mais les personnes doivent avoir une taille suffisante pour être remarquées par le public. Et elles sont avant tout présentes pour conseiller la clientèle. Un constat évident mais qui était loin d’être la règle jusqu’à aujourd’hui. Un changement salué par une grande majorité des internautes. «Nous devons cesser d’utiliser les femmes comme décoration dans chaque industrie», estime @miguelecabrera sur Twitter.

Une question d’image

Les organisateurs n’ont donné aucune consigne aux exposants. Au moment où la parole des femmes se libère, les entreprises veulent avant tout préserver leur image. Détenue par Toyota, la marque Lexus a confirmé qu’elle abandonnait complètement les hôtesses lors de l’événement genevois. Cette tendance est également suivie par Fiat Chrysler Automobiles. Le groupe aurait annulé des contrats avec plusieurs modèles féminins parce qu’il redoutait les critiques.

Même Pirelli, le fabricant de pneus italien connu pour ses calendriers sexy, affirme avoir repensé l’apparence de ses hôtesses. Elles porteront des pantalons. Mais certaines exceptions semblent subsister. Sur Twitter, la branche française de la marque a publié une photo de mannequins en robe noire. Même chose sur le compte Facebook officiel, avec ce message: «Le Salon de l’auto de Genève, le lieu des rencontres les plus inattendues.» Croiser des femmes légèrement vêtues va effectivement devenir une expérience «inattendue».

Une clientèle qui se féminise

Ce phénomène peut-il peser sur les ventes? Non, car la clientèle évolue. Le nombre de femmes propriétaires d’automobiles au Royaume-Uni a bondi de 66% en dix ans, jusqu’à 2016. En Allemagne, le plus grand marché automobile d’Europe, les femmes achètent environ un tiers des véhicules neufs et en France 37%. Aucune donnée de ce type n’est disponible en Suisse, selon François Launaz.

Le président d’Auto Suisse ne comprend pas la focalisation sur la présence de femmes sur les stands: «Il me semble que c’est une stupidité de la presse pour profiter de ce mouvement #MeToo. Les exposants sont libres de mettre des modèles féminins ou non. La plupart du temps, il s’agit de jeunes étudiants qui sont habillés décemment et qui répondent aux questions des clients. Comme beaucoup, je viens au salon pour voir les voitures.»

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