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© © Jason Lee / Reuters

Revue de presse

«Salut, camarade!»: le président chinois s’approprie le signe de ralliement des gays

Xi Jinping cherche à restaurer «les bons usages» de la Révolution culturelle. En rendant obligatoire l’emploi du terme «camarade» au sein du Parti communiste. Tout en «oubliant» qu’il fait partie du vocabulaire courant de la communauté LGBT

Chef du parti, de l’Etat, des armées et désormais un rôle «central» au cœur du pouvoir: Xi Jinping – voir à ce sujet les articles de The Economist et du South China Morning Post (SCMP) – est sorti survitaminé, le 27 octobre dernier, du conclave annuel du Parti communiste chinois (PCC), qui avait discuté à huis clos pendant quatre jours du sort du pays le plus peuplé du monde. Or la presse anglo-saxonne vient de diagnostiquer un symptôme intéressant de ce «tour de vis» pour restaurer en l’Empire du Milieu une autorité digne de l’époque maoïste: la relance du terme «camarade» – à très forte connotation LGBT – dans les us et coutumes du pays.

Objectif du PCC, dit le Financial Times (FT): «Renforcer ses pouvoirs en tant qu’organisation révolutionnaire sans classes, en ordonnant aux membres de se saluer en tant que «camarade», donc, et éliminer de la sorte l’importance croissante attachée au rang et aux titres». Dans les entreprises chinoises, en effet – et en particulier au sein du Parti – la tendance à l’utilisation de titres et de l’«obsequious fawning» qui l’accompagne déplaît aux puristes de la ligne idéologique, qui vomissent la pratique consistant par exemple à s’adresser à «Monsieur le directeur adjoint» ou au «chef de service adjoint».

«Les jours glorieux de la révolution maoïste»

Un document officiel a donc été publié, intitulé «Normes contemporaines de la vie politique au sein du parti», où il est expressément spécifié que «pour entretenir des relations démocratiques et égales entre les camarades au sein du Parti, on doit s’adresser la parole» en utilisant cette formule désuète. Selon le Times de Londres, il s’agit de «rappeler ainsi les jours glorieux de la révolution maoïste». Les autres mots seraient-ils donc «corrompus»? L’affaire se complique pourtant quand on sait que le terme de «camarade» est aujourd’hui couramment utilisé au sein de la communauté gay du pays, «en signe d’affection, ce qui lui rend son sens propre». «Tongzhi», en chinois, est d’ailleurs aussi utilisé par les tiers pour désigner les homosexuels.

La directive étonne ainsi les LGBT, qui y voient une appropriation par le pouvoir d’un vocabulaire qui «les unit dans une société souvent hostile» à leur orientation sexuelle. Les journaux qui en ont parlé ont d’ailleurs «dû rapidement fermer leurs articles aux commentaires d’internautes». Mais un «homophobe» parmi eux, signale encore le FT, s’est exprimé ainsi sur Weibo, l’équivalent chinois de Twitter: «Comme c’est étrange. Depuis quand le mot «camarade» a-t-il été aussi terni?»

«Une manière d’exprimer sa foi dans le communisme»

Mais pour le SCMP, un des principaux journaux de Hongkong aujourd’hui propriété du géant de la vente en ligne Alibaba, on est face à «la résurrection dépassée de la rhétorique maoïste, impraticable dans le monde d’aujourd’hui, selon les analystes». En réalité, pour ce quotidien, «le renouveau du terme est un signe de plus de la tendance continue de Xi à centraliser son autorité», à l’occasion du 80e anniversaire de la Longue Marche.

C’est une manière d’exprimer «sa foi dans le communisme, dans sa pensée unique sous contrôle», juge l’historien et analyste politique Zhang Lifan. Mais «seul Lénine utiliserait aujourd’hui cette salutation», rit-il, en ignorant qu’on l’entend par exemple couramment dans les rangs… du Parti socialiste vaudois! Bref, en Chine, il s’agit de «remettre de l’ordre», de supprimer les «patrons» et de «construire une ambiance égalitaire». «Beaucoup plus facile à dire qu’à faire», commente Chen Daoyin, professeur de sciences politiques et de droit à l’Université de Shanghai. Car «si nous n’avons pas changé notre manière de nous traiter les uns les autres, en fonction du statut social et de l’autorité, c’est parce qu’il y a peu de démocratie dans notre société, dit-il. En tant que membre ordinaire du PCC, vous ne pouvez pas décider des allées et venues des dirigeants et vous êtes également subordonné à votre patron.»

«Aucune attention à l’histoire»

«Les décideurs n’accordent aucune attention à l’histoire, déplore Zhang Lifan, ils n’en tirent pas non plus des leçons. En revanche, ils en utilisent le mode de pensée pour expliquer le monde, si différent, d’aujourd’hui. Ils sont si arriérés qu’ils cultivent l’étrangeté en jouant cette farce absurde consistant à se retourner vers le passé.» Et tombent ainsi dans le piège consistant à «adopter un signe de ralliement homosexuel comme règle partisane», écrit le Daily Caller.

Car il faut savoir, conclut le FT, qu’à l’époque où le Parti «combattait les envahisseurs japonais et les armées du Kuomintang», au cœur d’affrontements majeurs entre capitalistes et communistes «à partir de bases de guérilla nichées dans les montagnes, le mot «camarade» était un moyen utile de contourner les strictes hiérarchies sociales de la Chine confucéenne», mais a «mené au chaos, puisque les soldats ne savaient pas à qui obéir», relève le SCMP. «Le mot est ensuite devenu la forme standard de salutation pour tous les citoyens, hommes et femmes.»

Un terme dépassé depuis les années 90

Mais «dans les années 1990, le terme était déjà considéré comme dépassé. La Chine s’ouvrait, l’économie était en plein essor et les gens commençaient à utiliser les termes chinois pour Monsieur, Miss ou Madame», et «seuls les principaux dirigeants du Parti utilisaient encore cette forme en public». C’est à ce moment que «la communauté gay, qui s’affirmait lentement, se l’est appropriée». En 1989, lors des manifestations de la place Tiananmen, le dramaturge hongkongais Edward Lam l’a promue «pour remplacer des expressions dénigrantes et faire évoluer la perception de l’homosexualité» en Chine. L’initiative avait été accueillie avec enthousiasme à Taiwan, et, de là, avait «fait son chemin à la Chine continentale».

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