Opinion

Samuel Etienne, l'homme qui murmure à l'oreille des sourds

La première de Samuel Etienne à «Questions pour un champion» a fait mieux que la dernière de Julien Lepers. Effet de curiosité maximum. La twittosphère reproche néanmoins au nouveau venu son manque de punch

En termes d’audience, c’est une réussite. Pour sa première à «Questions pour un Champion», lundi, Samuel Étienne a réuni 2,55 millions de téléspectateurs. C’est beaucoup plus que la moyenne des trois derniers mois sous le règne de Julien Lepers (1,6 million de fidèles). Mieux également que la dernière de son animateur historique, débarqué après 27 ans de service par la nouvelle directrice de l’antenne et des programmes de France 3, Dana Hastier, qui entend renouveler l’image de la chaîne et tourner la page au plus vite. D’ailleurs, depuis lundi, l'avatar de Julien Lepers dans la version web et mobile du fameux quiz a été remplacé.

Mais il ne faut pas vendre le cuir des encyclopédies avant de l'avoir gagné, ce bon score doit beaucoup à la curiosité comme en témoigne la timelime de Twitter, très agitée lundi entre 18h10 et 19heures pour commenter en direct les premiers pas de l’ancien journaliste du 12/13 de France 3. Samuel Étienne en est conscient: «C’est inespéré mais il ne faut pas s’emballer». À première vue, ce n’est pas son genre. Ce sportif d’endurance, amateur de tatouages, n’est pas un excité. C’est même le principal reproche que lui fait une twittosphère plutôt clémente mais qui s’agace de son débit trop lent: «Si Samuel Étienne continue de lire les questions à ce rythme, personne ne fera quatre à la suite». Plus parlante encore la métaphore de cet Internaute qui, photo à l’appui, le compare au Paresseux du dessin animé «Zootopia» qui tamponne ses formulaires au rythme d’un supplice chinois. Évidemment, cela change du lapin Duracell, de ses exaspérations face aux candidats trop lents et de son fameux lancer de fiches.

Les twittos sont plus partagés quant à la douceur de la voix du nouvel animateur. Certains craignent de s’endormir, recommandent «au premier communiant» de prendre les mêmes substances que son prédécesseur ou s’inquiètent de tous ces sonotones que leurs usagers croiront détraqués. Pour d’autres, au contraire, sa voix d’alcôve apporte une forme d’intimité qui s’apparente plus à un club de passionnés qu’à une arène de supermarché. De manière générale, les décibels sont descendus d’un cran dans cette nouvelle mouture: les buzz ne font plus ces bruits de flippers sous amphétamines et la musique du générique sonne moins Luna Park. 

S’il était un peu crispé, trop lisse, Samuel Étienne a révélé deux qualités: l’humilité et la sobriété. Humilité d’abord envers son prédécesseur. «Je suis très fier de succéder à ce grand homme de télévision qu’est Julien Lepers. Je dis bien succéder parce qu’on ne remplace pas Julien Lepers. Au mieux, on lui succède», s’est présenté le nouvel arrivant. En retour, cet esprit qu’on imagine très conciliant, certains disent mielleux, a reçu par tweet les encouragements fair-play de celui qu'il est chargé de faire oublier. 

Sobriété ensuite dans un dispositif où les candidats, trop souvent infantilisés par l’animateur, sont mis en valeur. «Je ne suis pas un show-man», n’a cessé de répéter Samuel Étienne. C’est bien ce que les nostalgiques de Juju lui reprochent quand ils le surnomment «coton-tige» ou «fantôme».

Samuel Étienne pourra-t-il changer l’image d’un jeu tellement associé à son icône? Saura-t-il rajeunir le public? Les Internautes sont prêts à lui laisser le temps. Peut-on néanmoins suggérer à la chaîne que si elle veut réellement attirer une autre génération, il faudrait qu’elle repense ses cadeaux. Comme l’écrit une Twitto: «Une valise et des dictionnaires, c’est pas très swag»

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