Jusqu'à vendredi 15h et aux explications fournies aux médias, Samuel Schmid était un conseiller fédéral éclaboussé par une affaire qu'il a lui-même initiée. Il n'a pas mesuré les implications d'une plainte suivie d'une enquête dont faisait l'objet «son» futur chef de l'armée - un homme qui se doit d'être au-dessus de tout soupçon. Il avoue n'avoir pas même eu connaissance du contenu de la plainte, si ce n'est que celle-ci relevait de la sphère privée. Raison pour laquelle il a jugé superflu d'en référer au Conseil fédéral, formellement responsable de la nomination.

Depuis vendredi 15h, Samuel Schmid est un conseiller fédéral abîmé par ses propres faiblesses. Incapable de gérer la crise, il a attisé le feu. Le ministre de la Défense a laissé pourrir l'affaire pendant une semaine. Il a regardé son propre subordonné venir s'expliquer avant lui, et menacer, tout militairement, la presse - dont le rôle consiste aussi à révéler ce genre de cas. A l'heure de prendre enfin la parole, Samuel Schmid s'est perdu en justifications hasardeuses sur une procédure entachée de légèreté, d'une opacité suspecte, de manquements déplorables.

Sa bonne foi ne semble pas en cause: le seul élément crédible de sa litanie reste peut-être que la «cachotterie» faite au Conseil fédéral n'avait rien de tactique. Mais cela ne rend la réalité que plus cruelle. Si la loyauté est sauve, que faut-il donc pointer du doigt, si ce n'est le manque de rigueur, de sens politique, de bagage stratégique qui fait que n'importe quel autre élu de son rang aurait agi différemment?

Pourtant, Samuel Schmid reste conseiller fédéral. Et personne ne semble pressé de le déboulonner. Son propre parti ouvre à peine les yeux. Les formations gouvernementales n'ont aucune envie de voir le modéré bernois remplacé par un UDC «zurichois». L'UDC, elle, est bien trop occupée à se dépatouiller dans l'opposition pour réaliser demain déjà un retour gagnant au plus haut niveau.

Dans ces conditions, les autres conseillers fédéraux peuvent continuer à se réjouir de la «bonne ambiance de travail» retrouvée depuis janvier. Et rester en vacances jusqu'au 20 août, date de leur prochaine séance. Des questions?

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