revue de presse

Sánchez, le «beau Pedro» qui veut secouer la gauche espagnole

Un quasi-inconnu a pris la succession de Rubalcaba à la tête des socialistes. Il a une lourde mission: rénovation du parti et ravissement du pouvoir au Parti populaire en 2015. Il proclame déjà «le début de la fin du président Rajoy»

Madrilène, il s’appelle Pedro Sánchez Pérez-Castejón, est né un 29 février et porte ses 42 ans avec pas mal de classe. Ce professeur d’économie amateur de basket-ball a évidemment son blog, sa page Facebook, son canal YouTube, ses comptes Twitter et Flickr. Autant dire que c’est un homme de communication et qu’il va en avoir besoin, puisque c’est lui qui va devoir procéder à la «rénovation» – comme on dit dans le jargon politicien – du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Car après la lourde défaite des socialistes aux européennes de mai 2014, son secrétaire général et chef de l’opposition, Alfredo Pérez Rubalcaba, avait annoncé un congrès extraordinaire et renoncé à sa propre succession suite à ce que La Vanguardia avait appelé une «agonie».

Résultat: lors du scrutin de ce dimanche 13 juillet à Madrid, Sánchez a largement dépassé les deux favoris de l’élection, le député basque Eduardo Madina Muñoz, et son challenger, l’Andalou José Antonio Pérez Tapias, doyen de l’Université de philosophie et de lettres de Grenade, issu de l’aile gauche, en l’emportant avec 48,6% des voix, soit plus de 13 points d’avance sur Madina – pas loin de la majorité absolue! Il réédite ainsi le coup d’éclat de Zapatero qui, en 2000, avait ravi la direction du parti au favori, José Bono. Le candidat madrilène a gagné dans 11 communautés autonomes et obtenu une victoire écrasante en Andalousie où il a eu le soutien – stratégique! – de la présidente de cette région, la puissante Susana Diaz, dont le site catalaniste Nació Digital dit pourtant qu’elle incarne un «vide idéologique» et qu’elle l’«accompagnera jusqu’à la prochaine défaite électorale»…

«Pedro el Guapo»

Le vote de dimanche sera ratifié lors d’un congrès extraordinaire les 26 et 27 juillet. Mais déjà surnommé «Pedro el Guapo» («le beau Pedro») «pour son sourire conquérant» et un charisme certain, dit l’Agence France-Presse notamment citée par Libération, devenu député de Madrid en 2013, il assure incarner le «renouveau» d’un parti usé, qui doit renouer avec sa base. La première harangue après la victoire de ce quasi inconnu des Espagnols – qui a obtenu ses deux derniers mandats grâce à des désistements – a été: «C’est le début de la fin du président Rajoy!», le leader du parti PP actuellement au pouvoir. «Un vœu pieux, pour le moment», juge Le Figaro, puisque «malgré l’austérité, malgré les scandales à droite», le PSOE est toujours à la traîne.

Et d’enchaîner, dans une formule politicienne classique: «Nous allons changer le Parti socialiste pour pouvoir changer l’Espagne.» France Info explique: «Ecartés du pouvoir fin 2011, les socialistes n’ont jamais remonté la pente depuis, discrédités dans l’opinion qui voit ce parti vieilli, sans propositions, ni idées nouvelles.» D’ailleurs, le quotidien El Mundo, qu’on ne soupçonnera pas de sympathies à gauche, ricane à propos de ces socialistes «tous satisfaits» du beau produit sorti d’un chapeau nommé «appareil d’Etat». Il représente une «espérance», mais a une lourde tâche, selon La Voz de Galicia. Et un blog du média en ligne El Confidencial pense qu’il doit quitter le «centre mou» du binôme PP-PSOE et se profiler sur les questions qui «transcendent» le traditionnel clivage gauche-droite, comme l’autodétermination catalane.

Danger à gauche

D’autant que le PSOE, divisé, va devoir compter avec la percée de petites formations pour les législatives de 2015, dont Podemos, issu de l’extrême gauche et de la mouvance des Indignés, qui empiètent de plus en plus nettement sur leur territoire en faisant campagne contre «la caste» qu’incarneraient le PP et le PSOE. Un parti «qui a été la révélation des élections européennes avec 7,97% des voix et 5 sièges après seulement quatre mois d’existence», indique Le Monde. Mais depuis le 25 mai, les formations traditionnelles et plusieurs médias oscillent entre le «mépris», la «peur» et la «calomnie»: «Selon l’ancien chef du gouvernement socialiste Felipe Gonzalez (1982-1996), Podemos serait «une alternative bolivarienne». Un parti de «freakies» («monstres») pour le sociologue Pedro Arriola», conseiller du chef du gouvernement actuel.

Quoi qu’il en soit, «dès dimanche, lit-on dans La Croix, devançant les inquiétudes d’un électorat désabusé, le nouveau chef de file du PSOE a promis d’être «implacable contre la corruption», de «construire une alliance entre générations», de «faire rentrer les jeunes Espagnols» contraints à l’exil par le chômage. Décidé à regagner le terrain perdu à gauche, Sánchez s’est rendu à Paris où il a dénoncé, comme Pablo Iglesias, le leader de […] Podemos, «l’exil économique» de ces jeunes diplômés espagnols fuyant les 50% de chômage qui les touchent pour aller travailler en Allemagne, en France et ailleurs.»

«Un caractère bien trempé»

Bref, cet homme qui est aussi un «défenseur de l’écologie», a pour défi de «sortir son parti du trou», selon Courrier international, qui a lu et traduit El Periódico de Catalunya: la question qui se pose maintenant est de savoir «si Sánchez sera vraiment le patron, si sa direction ne sera pas une direction factice, télécommandée depuis la fédération la plus puissante: celle de l’Andalousie». Il a pour lui «un caractère bien trempé». Ceux qui le connaissent bien disent «qu’il ne doute jamais» et «qu’il imposera sa volonté». Il affrontera d’ailleurs bientôt «son premier défi», selon les mots d’El País: «Dans le débat qui a opposé les trois candidats la semaine dernière, il a dit qu’il convoquerait des primaires en novembre comme prévu, mais il est ensuite revenu en partie sur son engagement.»

Une devinette que les Barcelonais aiment bien répéter à l’envi est la suivante: qu’est-ce qui ressemble le plus à un politicien de droite en Espagne? Réponse: un politicien de gauche. La corruption, les énigmes politiques de ce pays et les carrières personnelles bâties sur les cendres du franquisme ou sur des copinages avec l’aristocratie proche – ou non – de la famille royale paralysent l’Espagne sur la voie d’une démocratisation accomplie. Aujourd’hui, les principales huiles du PSOE veulent d’ailleurs retarder les primaires. On saura donc bientôt quelle est la réelle autonomie du «beau Pedro».

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