Nouvelles frontières

Les sanctions contre Pyongyang sont inopérantes

La Corée du Nord procède à un cinquième essai nucléaire. Ce n’est pas la menace de nouvelles sanctions qui fera reculer la dictature.

Mercredi soir, dans une maison de maître des bords du lac Léman, la mission de la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord) auprès des Nations unies à Genève recevait le corps diplomatique et quelques journalistes pour les célébrations du 68e anniversaire du régime.

Au menu: kimchi, nouilles froides, poisson, quelques viandes, des fruits, du vin, des jus et un documentaire télévisé sur les grands rendez-vous diplomatiques qui ont marqué la carrière de Kim Il-sung, le fondateur de la RPDC et grand-père de l’actuel leader nord-coréen Kim Jong-un (la ressemblance entre les deux personnages est d’ailleurs sidérante). Sur une table, on pouvait également se servir de quelques exemplaires de la soixantaine de tomes qui forment les œuvres complètes de Kim Il-sung ou encore des œuvres choisies de Kim Jong-il, son fils, moins prolixe.

Une bonne occasion de converser avec les diplomates de l’un des pays les plus hermétiques qui soit.

- Quel message avez-vous voulu faire passer en tirant, lundi, trois missiles en plein G20 organisé par l’un de vos seuls alliés, la Chine?

- Ce n’était pas une date choisie au hasard. Notre peuple veut montrer qu’il est capable de se défendre tout seul et contre n’importe qui. Nous n’avons pas peur des Américains.

- Et le prochain essai nucléaire, c’est pour quand?

- Je ne sais pas, cela se décide à Pyongyang.

La réponse était accompagnée d’un grand sourire. Deux jours plus tard, Pyongyang procédait à son cinquième essai nucléaire, le plus puissant et, selon le communiqué qui l’a accompagné, issu d’une charge miniaturisée qui pourrait être transportée par un missile. Autant d’informations impossibles à vérifier de manière indépendante – les contrôleurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont été expulsés du pays il y a quelques années – mais qui, si elles se vérifiaient, rapprocheraient considérablement la Corée du Nord de la ligue des Etats nucléaires.

A chaque tir de missile, à chaque essai nucléaire, des sanctions internationales supplémentaires frappent un pays à nouveau contraint à l’autarcie. Ou presque. En réalité, le commerce à la frontière chinoise, reste florissant. Pékin, comme Moscou, ne veut pas d’une péninsule coréenne «nucléarisée» et s’aligne donc à l’ONU derrière les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud pour serrer la vis. Dans les faits, la Chine, qui redoute plus que tout un effondrement du régime nord-coréen, s’assure du maintien à flot de l’économie de son petit voisin.

Du coup, les sanctions contre la Corée du Nord sont inopérantes. Elles ne feront pas plier le dernier régime totalitaire de la planète, encore moins son jeune dirigeant. Kim Jong-un peut patiemment faire monter les enchères jusqu’à la reprise prochaine de négociations avec la Corée du Sud qui se feront au prix d’une aide importante en échange du gel de son programme nucléaire. Il peut miser sur un retournement de situation l’an prochain lors des élections présidentielles sud-coréennes. La politique intransigeante envers le Nord de Park Geun-hye – la fille de l’ancien dictateur Park Chung-hee – qui vient de décider la mise en place d’un bouclier antimissile avec l’aide américaine est de moins en moins appréciée de ses concitoyens. Elle n’a surtout abouti à aucun résultat.

Alors que Washington a su renouer avec des pays pourtant sous sanctions – Iran, Birmanie, Cuba – la Corée du Nord a été un peu plus marginalisée. C’est une situation sans issue. «Nous ne céderons jamais à la menace», expliquaient mercredi les diplomates nord-coréens en évoquant le risque de nouvelles sanctions. On peut les croire.

Soixante-trois ans après la signature d’un armistice entre les deux Corée, un accord de paix se fait toujours attendre. C’est la seule façon de désamorcer le programme nucléaire nord-coréen.

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