Les enjeux de la votation du 1er juin sont indissociables de ceux qui caractérisent le système de santé. Par ses dimensions économiques, celui-ci est un formidable espace de défense d'intérêts particuliers, écartelé entre sa dimension sociale et ses profits potentiels. Alors que certains défendent la solidarité, l'accès et la qualité des soins, d'autres tirent les ficelles, tentent d'acquérir des positions dominantes, s'efforcent de réduire les entraves à des bénéfices juteux. La naïveté n'est pas de mise. Au nom de l'intérêt général, les intérêts particuliers sont un ver qui ronge le cœur du système de protection sociale.

Ainsi, avant que le peuple ne se prononce sur un nouvel article constitutionnel, les auteurs du contre-projet jouent sur les mots, à la limite du mensonge, n'avouant pas leurs véritables intentions, minimisant la portée de la décision. Un climat d'hypocrisie prévaut, détestable. Les congressistes du PDC et de plusieurs sections radicales et libérales ne furent pas dupes, désavouant leurs élus.

Depuis des années, d'éminents parlementaires ont présenté des concepts pour définir leur stratégie, contenue désormais dans le contre-projet. Il en est ainsi du libre choix du médecin pour les assurés et de l'obligation pour les caisses de passer contrat avec tous les médecins. Ces pratiques sont contestées. Les auteurs veulent mettre fin à la possibilité pour le patient de choisir un médecin qui n'a pas passé contrat avec sa caisse. Il pourra certes le faire, mais s'il s'est acquitté d'une assurance complémentaire. Pourquoi nier maintenant que c'est «une pièce maîtresse du contre-projet», comme l'a dit au parlement le conseiller aux Etats Hans Altherr? Si libre choix il y aura, ce sera pour les assureurs et non les patients.

S'agissant des hôpitaux, l'audition en cours sur la nouvelle ordonnance LAMal fait, elle aussi, tomber les masques. Ces mêmes parlementaires contestent avec véhémence toute disposition en matière de planification, contre la loi votée par le parlement! Empêcher des règles de planification, c'est préparer le terrain pour la concurrence «intégrale», mot sans ambiguïté utilisé pour qualifier le contre-projet durant sa phase d'élaboration. C'est, de plus, écarter les cantons de la régulation du secteur hospitalier.

Et puis, à propos du financement des hôpitaux, le modèle de la caisse CSS dévoile les intentions des initiants, proposant purement et simplement la fin du financement des hospitalisations par les cantons. Huit milliards de francs seraient ainsi transférés sur les primes, qui augmenteraient de 40%! On subventionnerait ensuite les assurés économiquement modestes, avec tout ce que cela comporte d'arbitraire, d'inégalités de traitement. C'est à la fois le retour de l'assistance et une attaque contre la classe moyenne.

Ces épisodes illustrent ce qui se trame dans et sur le dos des assurés. Certains n'ont aucun intérêt à faire baisser les coûts. Ils espèrent que tôt ou tard la population acceptera des suppressions de prestations de l'assurance sociale, au profit des assurances privées. Mais ils ne l'avoueront jamais, sachant habilement user et abuser des mots, ceux-là même qui discréditeront une fois encore la classe politique.

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