Il y a cette expression que l’on utilise sans y penser: c’est chaque année la même chose. On peut y lire un brin de fatalisme, ou y trouver une pérennité belle. Il existe de la lourdeur dans ce qui semble ne pas évoluer, mais de la même façon, la tradition, dans ce qu’elle a de plus noble, c’est ça aussi. 

Donc je marchais dans la rue et, passant devant une vitrine, j’ai eu le regard appelé soudain par des lumières de fête. Oui, c’était déjà les guirlandes et les boules, c’était seulement mi-octobre, et déjà les premières enseignes qui mettent en scènes cadeaux et décorations de Noël. C’est chaque année la même chose.

Noël, un instant suspendu entre deux soucis

J’étais du côté du brin de fatalisme à cette seconde. Sans surprise, à cette époque venteuse et colorée du jaune des feuilles, je trouve comme vous que c’est un peu tôt pour nous faire glisser vers les festivités de fin d’année. J’ironise, comme vous encore, sur ces commerçants si pressés de nous voir nous presser, regarder nos listes, acheter des cadeaux pour tout le monde. Mais ce sentiment ne dure jamais longtemps. Parce que j’adore les Fêtes, le reflet des étoiles dans les yeux, les enfants qui arrachent les papiers cadeaux. Alors je trouve que l’on a beau y être embarqués un peu malgré nous, cela reste un rituel heureux, un partage: la trêve de Noël. Ce n’est pas le temps de l’insouciance, mais un instant suspendu entre deux soucis, deux angoisses, deux courses en avant. 

Cette année, je la sens mal. Je me projette et imagine les semaines à venir, sans vin chaud debout dans les rues, sans odeur de cannelle, ni panettone distribué à l'épicerie, sans marchés et mini chalets de bois partout sur le trottoir. Il y aura sûrement une étude dans Lancet qui démontrera que le virus a une prédilection pour les huîtres, le foie gras, et surtout les aiguilles de sapin, mais aussi les boules, qu’il s’y accroche, que tout cela est hyper dangereux. S’il y a de la neige, un médecin viendra nous dire que c’est terrible, que les flocons multiplient le virus; Alain Berset viendra le 20 décembre nous annoncer que l’on a pas le droit d’être plus que deux pour réveillonner en famille, mais avec des masques, et que ceux avec des étoiles dessus, ils ne sont pas fiables. Les enfants devront respecter un couvre-feux à 18 heures. Sous le sapin, il y aura le Covid. Sous le sapin, il y aura le vide. J’exagère? A peine.


Une précédente chronique: Short long pour idées courtes


Retrouvez nos principaux articles sur la crise du covid

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.