Expo.02 est une manifestation moderne, progressiste, adaptée aux modes de fonctionnement d'une nouvelle génération: elle est non didactique, non pédagogique. Expo.02 s'est approprié le langage de l'art contemporain pour faire de la politique, elle projette des images impressionnistes et floues d'un monde d'évocations subtiles; l'analyse de l'Univers par une suite de clins d'œil. Aucun ronron didactique ne vient imposer ce qu'il est bon de penser, aucun discours explicite ne vient prescrire une vision du monde. Au citoyen-visiteur de se construire la sienne.

Celui-ci est donc supposé être politiquement éveillé: il n'a besoin ni de cours sur la tolérance, ni d'avant-propos idéologique sur le caractère inique de la société et encore moins de manifeste pour un monde égalitaire. Le meilleur exemple de cet esprit est le fabuleux Wer bin ich? (qui suis-je?), installé sur l'arteplage d'Yverdon et financé par la Confédération. Pas de queue, pas de parcours imposé, pas de texte d'explication; seulement la douce sensation de pouvoir penser pour soi seul, s'offrir un moment de méditation. Dans la même veine: le nuage se traverse sans littérature préalable, le Monolithe s'apprécie sans blabla, le caractère «unpolitically correct» du pavillon Happy-End, financé pourtant par une entreprise privée, se passe de commentaire (la séance de rodéo sur le Veau d'Or est le moment le plus jouissif de toute l'Expo!)

Certes, on trouve un certain nombre de pavillons qui ne semblent pas avoir saisi cette modernité. Quelques-unes prennent même le citoyen pour un plouc qu'on devrait éduquer politiquement et qu'il faudrait accompagner sur le chemin du progrès. Le pavillon Leben Lust und Lohn (vie, désir et travail) à Bienne en fait partie, tout comme Biopolis à Neuchâtel, payé par une grosse entreprise de pharmacie. Le visiteur n'y est qu'un spectateur à qui on bourre le crâne de lieux communs. La première exposition montre un one-man-show pathétique sur la qualité des finitions de l'industrie suisse, tandis que la deuxième «annonce» au visiteur que la génétique, «c'est l'avenir», et «qu'elle crée encore des craintes dans la société». Merci pour le tuyau!

Malgré ces quelques ratés, Expo.02 est une manifestation politique justement parce qu'elle ne donne pas de leçon politique. Elle est intelligente parce qu'elle ne fait pas de pédagogie. Cet été, la manifestation la plus importante en Suisse depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale vient de redonner au corps sa place dans notre société, aux sensations leur importance et à la subjectivité son règne.

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