Revue de presse

Sarkozy Junior plaide pour la libéralisation de toutes les drogues

Dans le «Washington Examiner» où il officie comme chroniqueur depuis quelque temps, le fils cadet de l’ex-président français peine à distinguer un banal joint d’une addiction plus dure. Son raisonnement est purement économique, et c’est par là qu’il pèche

Bien sûr, c’est dans une publication confidentielle aux Etats-Unis. Avec un tirage hebdomadaire de 45 000 exemplaires, mais dont le nom fait aujourd’hui le tour de l’Hexagone (élargi) à cause d’une signature désormais fréquente dans le Washington Examiner. Elle n’a rien d’anodin, puisqu’il s’agit de celle de Louis Sarkozy, bientôt 21 ans, fils cadet de qui l’on sait et de Cécilia Attias, première épouse de l’ex-locataire de l’Elysée.

Le ci-devant @Sarko_Junior, donc, comme il s’est longtemps appelé sur Twitter (et comme il s’appelle toujours sur Instagram), avant d’opter pour un plus sage @Louis_Kozy. A ne pas confondre avec le très comique @Louis_Sarkozy, dont le profil se décline ainsi: «Avant mon papa était président. Mais ça c’était avant. Compte parodique (ouf!).»

Lire aussi: Ce que la bagarre entre Louis Sarkozy et Léonard Trierweiler nous dit de nous-mêmes (01.11.2014)

Dans ce jeu de cache-cache numérique, le titre de ce texte au thème pour le moins inattendu dans un magazine aussi conservateur interpelle ceux qui sont coutumiers des facéties du jeune homme: «Drug criminalization is intrinsically harmful to human societies.» Soit: «La criminalisation de la drogue est intrinsèquement préjudiciable aux sociétés humaines.» Boum. Mais attention, préviennent Les Inrockuptibles, «il plaide en faveur de la légalisation de toutes les drogues. Pour cela, l’étudiant en philosophie à l’Université de New York a recours à une argumentation de type libéral: pour lui, le problème des drogues est causé «par l’intervention du gouvernement», alors qu’il devrait au contraire cesser d’intervenir.»

On n’a donc pas affaire à un laxiste, bien que Vanity Fair surtitre: «Pass pass le oinj». Au contraire. Pour lui, «il est injuste que les coûts de la répression des drogues pèsent sur l’ensemble des citoyens. Il cite ainsi l’économiste ultralibéral Milton Friedman, avec qui il se dit parfaitement d’accord: «Je ne pense pas qu’il soit moral de faire peser sur d’autres personnes le prix payé pour protéger des individus de leurs propres choix.» Il évalue en effet à 50 milliards de dollars le coût de la criminalisation des drogues aux Etats-Unis en 2016.» Sa mère, Cécilia Attias, l’a félicité pour cette prise de position par un «Bien joué, mon fils!!!» sur Twitter. Mais «pas sûr que son père, qui a toujours été inflexible en matière de lutte contre les stupéfiants quand il était président, soit du même avis…» indique 20 minutes.

Les Inrocks relèvent encore que «ce n’est pas la première fois que Louis Sarkozy développe publiquement ses idées d’obédience libérale. Il l’avait aussi fait en ce qui concerne le port d’armes, en 2015, suscitant un gros scandale en affirmant à Paris Match qu’il «adorait les armes»: «Aux Etats-Unis, tout le monde peut acheter des armes […] Tout le monde peut aller au supermarché et acheter une arme. Beaucoup de gens pensent que c’est mauvais, mais moi je pense que c’est une liberté.»

En matière de drogue, la recette de Louis, donc, c’est – résumons-le – «légaliser tous les stupéfiants», dit La Dépêche du Midi. Car il déplore que les interdictions financent «davantage le marché noir que l’économie». Selon lui, «il faudrait plutôt condamner les comportements en société plutôt que les usages de ces drogues, à l’image de la conduite en état d’ivresse.» Pour le reste, «yaka» les laisser faire ce qu’ils veulent, ces «drogués», pourvu qu’on ne les voie pas.

Une parenthèse à lire

(A noter au passage que dans un souci de simplification, sans doute, Sarko Jr., en fait de «toutes les drogues», ne parle explicitement que de marijuana, passant aussi comme chat sur braise sur les nombreuses politiques de libéralisation du cannabis qui se mettent en place dans différents Etats de l’Union. A ce stade de l’argumentation que n’atteint pas l’apprenti columnist – depuis l’automne dernier – du Washington Examiner, on voit un peu Don Quichotte contre les moulins à vent.)

«Très actif sur les réseaux sociaux, rappelle Gala, Louis Sarkozy n’hésite pas à commen­ter l’actua­lité.» Formule polie pour dire qu’il se mêle de tout et qu’il n’adore rien tant que faire parler de lui. On est donc tombé dans le panneau. Récem­ment, par exemple, il avait déjà «un avis bien tran­ché sur plusieurs sujets de société comme l’exclu­sion de Mennel, la jeune candi­date de The Voice accu­sée de faire l’apolo­gie du terro­risme»:

Aujourd’hui, sur le sujet des drogues, il remonte à l’époque de la Prohibition, où «l’alcool était facile à obte­nir. Mais au lieu de s’en procu­rer auprès des commerces régle­men­tés par l’Etat, les citoyens étaient contraints d’en ache­ter à des crimi­nels et des trafiquants. Résul­tat, la surpo­pu­la­tion carcé­rale n’a fait qu’augmen­ter outre-Atlan­tique. Le jeune homme a ainsi rappelé que 16% des déte­nus étaient en prison en raison du trafic de drogues.»

Mais au-delà du libéralisme échevelé de Junior, les questions sociales que pose la consommation de drogue, de toutes les drogues, comme il l’écrit, sans faire de différence sensible entre un joint récréatif et une injection maladive d’héroïne, sont simplement inexistantes dans son raisonnement. Il faut croire qu’au Washington Examiner, on lui a appris à «angler» ses papiers de position.

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