Depuis ce printemps, nombre de gouvernants ont engagé un travail volontaire et concret pour supprimer durablement la partie structurelle des déficits publics. Après des années d'atermoiements, cette attitude déterminée doit être saluée. Et on pense en particulier à l'élan nouveau donné par le Conseil d'Etat genevois, à la résolution de nombre d'élus vaudois, Charles Favre en tête, ou fribourgeois à engager un vrai programme de redressement des finances cantonales.

Dans le sillon tracé par Kaspar Villiger, Genève a repris l'idée de la table ronde. Avec un succès certain sur le plan du climat politique. Cette volonté de dialogue a amené les partenaires de bonne foi à réfléchir et à regarder la réalité en face. Reste que des oppositions farouches ou méthodologiques demeurent. A Genève, cette détermination unanimement affichée de l'exécutif cantonal à chercher des solutions durables est contestée sur le flanc gauche de la gauche. A Lausanne, des perceptions différentes venues d'un économiste radical ont, pour le moins, corsé le débat.

S'attaquer enfin aux déficits publics et plus encore aux dysfonctionnements de l'Etat tient du vrai courage politique. Ça et là, et quelle que soit l'opposition croissante et têtue, des mesures concrètes sont proposées. Il faut les examiner à la lumière des buts poursuivis: mettre fin à des déficits budgétaires excessifs, rompre avec le cercle vicieux de l'endettement et restaurer les bases d'un édifice qui puisse jouer son rôle social. Seul un Etat sain peut être généreux.

Pour réduire un déficit, il faut avant tout abaisser les dépenses. Une lapalissade pour le consommateur privé qui le vit parfois cruellement. Mais réduire un déficit, c'est aussi réduire l'appareil étatique et l'inviter fermement à mieux fonctionner. Dès lors qu'il n'y a pas d'abandon du rôle que l'Etat doit jouer dans une société, notamment dans le soutien aux plus démunis, au nom de quoi serait-il inconsidéré de rendre une administration plus modeste peut-être? En tout cas moins dispendieuse? Sans avoir peur, au bout de l'analyse, d'aborder franchement la diminution de certaines prestations et d'engager quelques privatisations.

Ces derniers mois, nombre de dysfonctionnements, et pas seulement informatiques, ont été mis à jour. A Genève notamment. C'est le moment d'y mettre un terme. C'est le moment aussi de s'imposer un meilleur suivi des diverses subventions allouées par l'Etat ou encore d'esquisser de nouvelles répartitions des rôles entre Ville et canton.

A dessein, nous soulignons cette approche dans le processus de réduction des déficits structurels. L'autre voie privilégie une croissance des rentrées fiscales. En préambule à la table ronde, le Conseil d'Etat genevois a établi une parité entre la diminution des dépenses et la hausse des recettes. Le dosage est heureux, mais il n'est pas sans risque. La recette «moitié-moitié», c'est excellent pour une fondue. Mais cette onctuosité est susceptible de provoquer quelques étouffements ça et là. D'entrée de jeu, sans débattre, le cartel des fonctionnaires genevois, noyauté par une gauche radicalisée, réfute les économies qui ne manqueront pas de toucher l'enveloppe des trois milliards versés annuellement aux serviteurs de l'Etat. En d'autres cercles, cette parité des sacrifices établie par l'exécutif ne doit pas masquer que les Genevois ont manifesté à plusieurs reprises qu'ils n'entendent pas faire de la seule hausse fiscale le remède aux problèmes endémiques. Un franc encaissé de plus contre un franc dépensé en moins, c'est bien le maximum que certains pourraient consentir.

L'heure n'est plus aux demi-mesures. Et la formule moitié-moitié n'est pas sans risque.

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