Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Une femme syrienne avec son enfant s'abrite de la pluie, près de Chios en Grèce 
© Petros Giannakouris

Revue de presse

Pour sauver Schengen, l’idée de sacrifier la Grèce fait son chemin

Les médias s’interrogent sur les menaces proférées par Bruxelles à l’égard d’Athènes s’il ne contrôle pas mieux sa frontière avec la Turquie. L’objectif étant d’enrayer les flux de migration et, pour ce faire, de mettre la pression sur Alexis Tsipras, à nouveau «martyrisé»

La Grèce a jugé mercredi «non constructive» sa mise en cause par la Commission européenne pour de «graves déficiences» à ses frontières, appelant ses partenaires européens à remplir leurs obligations face à la crise migratoire. Athènes aurait «sérieusement négligé ses obligations» dans sa gestion de la frontière extérieure de l’espace Schengen.

Source: la documentation française

L’adoption d’un document fondé sur une visite d’experts en novembre 2015, ouvre la voie à une possible décision européenne, au printemps, qui permettrait aux Etats membres de prolonger jusqu’à deux ans la durée des rétablissements de contrôles aux frontières intérieures de l’espace Schengen. Voilà qui «est tout à fait caractéristique du comportement des pays centraux de l’UE», estime, ulcéré, le quotidien britannique The Daily Telegraph: «Ce n’est pas la première fois ces dernières années que l’UE révèle sa nature impérialiste.» La Grèce encore une fois «martyrisée»? La Grèce «bouc émissaire?» renchérissent le slovène Delo et le Kurier de Vienne.

Lire aussi: Bruxelles accable Athènes sur l’accueil des réfugiés

Car Bruxelles promet d’être impitoyable si Athènes ne respecte pas ses engagements de mieux contrôler «l’afflux massif de migrants du Moyen-Orient durant ces trois derniers mois, qui ont passé par la Turquie», lit-on dans le Financial Times. «C’est le premier pas vers un retour au contrôle des frontières.» Selon la Commission, il s’agit «plus de préserver la libre circulation que de la démanteler». Reste que «l’ultimatum est lancé» au premier ministre grec, Alexis Tsipras. Mais ce serait «une solution tragique». Elle ne réglerait rien et marquerait «un recul de l’Europe», considèrent les acteurs impliqués sur le terrain qu’a rencontrés Libération.

Lire aussi: Sept questions sur le retour des frontières en Europe

Autrement dit, la Grèce est «menacée de quarantaine», puisque «certains pays de l’UE préconisent» déjà de la sortir «de l’espace de libre circulation, plutôt que de laisser les frontières européennes se fermer les unes après les autres au risque de faire imploser Schengen». Alors, explique Le Figaro, si «Tsipras a échappé à la sortie de l’euro il y a six mois, […] il est à nouveau question d’exclusion». Car «de la Macédoine jusqu’à l’Autriche», oui, «les frontières se ferment» bien «au nez des réfugiés». Alors, «pour sauver ce qui reste de Schengen, le scénario prend corps: il faut maintenant isoler, voire sacrifier la Grèce.»

Quelles en seraient les conséquences? La procédure «pourrait être lourde», déclare dans Le Monde Yves Pascouau, spécialiste des migrations au sein du cercle de réflexion European Policy Centre. Les contrôles aux frontières aéroportuaires avec d’autres Etats membres seraient maintenus pendant une longue période (deux ans au maximum), ce qui pourrait avoir des effets négatifs sur l’activité touristique.»

Lire aussi: Sauver l’espace Schengen, presque en «mort clinique»

De son côté, Athènes déplore le manque d’aide pour surveiller les frontières extérieures de l’Union. On a dit «bouc émissaire»? Bruxelles ferait «mieux de balayer devant» sa propre porte, écrit le quotidien Ethnos, que cite Eurotopics: le «problème concerne tous les membres de l’UE, et seule une action et une coopération communes peuvent aboutir à une solution. Il est certain que nous devrions être plus rigoureux vis-à-vis de certaines de nos obligations. Mais l’UE devrait elle aussi être plus efficace dans la planification et la mise en œuvre.»

Mais non, «à leurs yeux, nous sommes déjà hors jeu», déplore le grec Naftemporiki. Et c’est honteux, juge Mediapart, de voir comment «comment certains cercles conservateurs européens» tentent de faire de ce pays «frappé par six années d’austérité, condamné pour avoir porté au pouvoir un candidat de gauche, la source du problème migratoire». Et puis, dans le fond, la balle n’est-elle pas plutôt dans le camp d’Ankara? Le quotidien slovaque Dennik N ironise en disant que «tout ce qu’Athènes pourrait faire», ce «serait de torpiller les embarcations de réfugiés avant de ramasser les cadavres sur les plages». Il faudrait donc un consentement de la Turquie, qui «ne manifeste aucun intérêt à coopérer, son seul souci étant de se débarrasser des réfugiés».

«Rejeter l’esquif»?

C’est exactement ce que pense le Corriere della sera, pour lequel «il paraît bien loin, le petit corps sans vie d’Aylan». Mais que devrait donc faire «la Grèce face à une embarcation en train de couler et remplie d’êtres humains qui tentent de rallier leurs côtes? Rejeter l’esquif, au motif que Schengen a été suspendu ailleurs, et laisser les réfugiés se noyer?» Raisonnement «un peu facile» pour Christophe Bouillaud sur Atlantico.fr, dans la mesure où les Européens «critiqueraient sans doute les autorités grecques» si elles «repoussaient manu militari les migrants».

A un niveau de réflexion supérieur, un autre article de Mediapart estime que «la Grèce révèle une Europe en phase finale». Après avoir constaté que ses responsables «ont été incapables de résoudre à temps la plupart des questions qui se sont posées à l’Europe dans le passé, constatant aujourd’hui qu’ils se montrent incapables de proposer la moindre action appropriée dans la question des réfugiés, doit-on penser que s’en est fini» avec l'«idée d’une Europe pour la paix?»

Et de s’écrier: «C’est désespérant! Mais chaque jour tend à donner raison aux eurosceptiques, et tord le cou à ceux qui ont à ce jour, contre vents et marées, défendu l’idée européenne comme affirmation d’un nouveau modèle de concevoir les rapports entre les Etats et le progrès pour les peuples.»

Désespérant: c’est le mot.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)