J’essaie de varier au maximum les thématiques abordées par ces chroniques hebdomadaires mais je dois malheureusement en enchaîner deux sur les failles de la gauche radicale française et les dangers pour ce camp de l’acharnement caractériel de son leader, Jean-Luc Mélenchon. Car cette fois, la gueule de bois est carabinée. Et la gauche française a un important problème de succession.

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De quoi parle-t-on? Il y a une semaine, Le Canard enchaîné a révélé l’existence d’une main courante pour violences (un signalement à la police sans dépôt de plainte) déposée par l’épouse du bras droit de Jean-Luc Mélenchon, le député du Nord Adrien Quatennens. Depuis, tous les regards se tournent vers La France insoumise et l’alliance de la gauche qu’elle mène tambour battant, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale. La lutte contre les violences faites aux femmes est effectivement un de leurs principaux combats, de ceux sur lesquels on ne peut pas tergiverser.

Il faut savoir qu’Adrien Quatennens, un des rares Insoumis à allier charisme et talent, était le favori pour succéder à Jean-Luc Mélenchon et devenir le candidat du parti, voire de toute la gauche à la prochaine élection présidentielle. On dit même que c’est ce Lillois de 32 ans qui a eu l’idée du slogan «Mélenchon premier ministre», si efficace pour forcer les autres partis à s’aligner derrière le sien aux élections législatives.

Ce dimanche, celui qui était «coordinateur» de La France insoumise, s’est mis en retrait de cette fonction et, surtout, a reconnu dans un long communiqué avoir giflé son épouse il y a un an et, plus récemment, lui avoir «saisi le poignet» et lui avoir «pris son portable», une altercation lors de laquelle «elle s’est cogné le coude».

Séisme en terres insoumises. Le jeune numéro 2 du parti coupable de violences sur son épouse! On ne peut pas imaginer pire scénario. «Cette décision, que nous saluons, a été prise en concertation avec les instances du mouvement et sera suivie des dispositions nécessaires à la bonne animation de notre mouvement», a cependant très sobrement commenté La France insoumise dans un communiqué.

Procureurs du reste du monde

Dans l’affaire Quatennens, encore une fois, comme la semaine dernière avec l’ostracisation du patron du Parti communiste, ce n’est pas tant l’accident politique lui-même (l’explosion en vol du petit prince de la gauche radicale) qui coûtera le plus cher au parti. C’est la mauvaise réaction du leader, et donc de ses troupes, qui le suivent toujours à la lettre. Ce dimanche, Jean-Luc Mélenchon a effectivement tenu à soutenir son poulain envers et contre tout. «Adrien décide de tout prendre sur lui. Je salue sa dignité et son courage. Je lui dis ma confiance et mon affection», a-t-il tweeté, profitant de l’occasion pour pointer «la malveillance policière» et «le voyeurisme médiatique» qui seraient coupables de ce scandale en ayant fait fuiter la main courante.

Les autres Insoumis ont été moins maladroits dans leur soutien mais très rares sont ceux à s’être franchement désolidarisés. Parmi les grands noms, seuls Sandrine Rousseau, écologiste mais grande avocate de l’alliance avec la gauche radicale, et quelques autres Verts ou socialistes ont vigoureusement condamné les faits de violence et leur auteur. La députée de Paris a appelé Adrien Quatennens à aller plus loin et à se mettre «en retrait de toute parole publique». «Il a pris une décision courageuse», a répondu la cheffe du groupe des Insoumis à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, appelant à laisser «un peu le temps» au parti pour s’organiser et «discuter». Pour elle, Adrien Quatennens a toujours un avenir dans les instances dirigeantes du mouvement. «Nous ne pensons pas qu’un homme, même s’il a commis à un moment un acte de violence, est un homme qui est violent à vie», explique-t-elle.

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Cette retenue à propos d’un auteur de violences conjugales avérées, très inhabituelle du côté des Insoumis quand il ne s’agit pas de leurs membres, est d’autant plus problématique que le parti avait déjà été pointé pour sa mauvaise gestion des affaires Eric Coquerel et Taha Bouhafs, accusés pour leur part de violences sexuelles. Ce lundi soir, c’est Julien Bayou, patron des écologistes, qui a été mis en cause par Sandrine Rousseau pour des «comportements de nature à briser la santé morale des femmes». Catastrophique pour ce camp qui a fait du féminisme un de ses principaux chevaux de bataille et de la dénonciation du comportement du camp présidentiel sur ce sujet un de ses leitmotivs. La cheffe du groupe présidentiel à l’Assemblée, Aurore Bergé, a d’ailleurs sauté sur l’occasion pour critiquer cette «indignation à géométrie variable». On ne peut peut-être pas demander aux procureurs du reste du monde d’être les procureurs de leurs propres troupes, mais le tribalisme de Jean-Luc Mélenchon commence à véritablement poser problème.


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