La FIFA prouve encore une fois que c’est la dictature qui règne depuis son trône à Zurich et paradoxalement celle-ci va à l’encontre de son propre Code d’éthique. La FIFA est en litige avec le FC Sion, certes. Mais menacer toutes les branches de l’Association suisse de football (ASF), n’est-ce pas aller trop loin? Selon un communiqué de la FIFA, «tous les matches auxquels ont participé les joueurs concernés doivent être perdus par forfait ou trois points doivent être déduits pour chacune de ses parties». Puis la menace tombe sur le football suisse: «Si cela n’est pas respecté, la Fédération suisse sera automatiquement suspendue dès le 14 janvier» (LT du 18.12.2011). Cela impliquerait donc non seulement la Nati et le FC Bâle en Ligue des champions, mais également les juniors et les arbitres suisses.

Punir des innocents et des personnes qui ne sont pas impliqués dans ce litige, n’est-ce pas l’équivalent à une punition collective? Ce type de châtiment est utilisé contre des personnes pour des transgressions qu’ils n’ont pas commises. Evidemment, la FIFA doit régler le «problème» FC Sion, mais ce type de menace est déplacé. D’un côté, cela rappelle certaines punitions à l’école primaire, mais d’un autre cela évoque l’article 33 de la Quatrième Convention de Genève: «Aucune personne protégée ne peut être punie pour une infraction qu’elle n’a pas commise personnellement.» Bien sûr, l’analogie peut paraître forte, mais elle nous confirme que ce genre de punition est utilisé par des puissances totalitaires au pouvoir. ­Psychologiquement, la punition collective utilise un groupe pour corriger le comportement d’un membre de ce groupe. Cela peut soit induire une nouvelle norme, soit inciter à la rébellion. Que va donc provoquer cette intimidation sur l’ASF et indirectement sur notre pays?

Si ces innocents sont punis, ils pourraient peut-être lancer une initiative populaire afin d’arrêter l’exonération d’impôts de la FIFA. Voilà une réponse légitime et démocratique à un système dictatorial. L’initiative parlementaire en cours, «Lutte contre la corruption dans le sport», rejoint cette idée. Son but est de traiter les fédérations sportives internationales comme les organisations internationales. Avec cette nouvelle attaque dictatoriale de la FIFA sur le football suisse, on est curieux de voir quelle sera la réponse démocratique de nos politiques.

Pourtant, la FIFA s’était très impliquée pour faire de l’éthique une priorité. Mais cette intimidation va à l’encontre de son propre Code d’éthique. En effet, l’article 3 de l’édition 2009 dit que «les officiels ne doivent en aucun cas abuser de leur fonction, notamment à des fins privées ou pour en tirer un quelconque avantage pécuniaire». Pourtant, ce type de menace sur des innocents reflète bel et bien un abus de pouvoir.

Ironiquement, toujours selon son Code d’éthique, la FIFA se dit compétente pour juger de ce type de situation. Elle s’autoproclame «compétente pour juger la conduite des officiels des confédérations, des associations, des ligues et des clubs ainsi que des joueurs, des agents de joueurs et des agents organisateurs de matches dans le cas où l’infraction présumée a des retombées internationales (touchant plusieurs associations) et n’est pas jugée au niveau de la Confédération». Un tel Code d’éthique appelle à la méfiance. Si le comité d’éthique est employé, et donc aussi rémunéré, par la FIFA, cela est peu probable que ces «éthiciens» soient prêts à mettre en cause leur patron, et mettre leur emploi en péril.

C’est également bien dommage que selon ce Code «les officiels ne doivent en aucun cas accepter les pots-de-vin». Car en Valais, ce type de problème aurait facilement pu être réglé pendant un apéro d’après-match. Après tout, le football reste un sport entre copains.

Finalement, pendant que certains s’enrichissent sur ces histoires qui sont aux antipodes de l’esprit sportif, des millions de personnes jouent au foot dans les rues. Ils rêvent peut-être de Ligue des champions. Mais depuis que ce sport ne fait qu’enrichir une minorité, ils préfèrent peut-être une autre vision du foot: un sport démocratique et libre appartenant aux joueurs et aux spectateurs, au lieu d’un football devenu esclave et bouffon du roi.

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