Les Jeux olympiques de Tokyo se sont clos après seize jours d’intenses compétitions. Après une décennie de préparation, un an de report, des mois d’incertitudes et deux semaines de compétition, les jeux de la XXXIIe olympiade se sont refermés là où ils avaient commencé, le 23 juillet dernier, au stade olympique de Tokyo.

Au tableau des médailles, les Etats-Unis ont finalement dominé d’un cheveu la Chine, juste devant le Japon. La Suisse termine 24e du classement (sur 112 pays), avec 13 breloques, 3 d’or, 4 d’argent et 6 de bronze. Mais pour France Inter un peu jalouse, il y a surtout «une nation voisine qui se promène sur son petit nuage tokyoïte: l’Italie». Après avoir soulevé le trophée de l’Euro de foot, elle est la «première nation européenne, devant l’Allemagne». Elle «va laisser de très belles images olympiques. […] Rome triomphe là où l’on ne l’attendait pas, comme en athlétisme avec cinq titres olympiques. Un record.»

Lire aussi: Tous nos articles sur les Jeux olympiques de Tokyo 2020

Jeudi dernier a encore résonné l’hymne Fratelli d’Italia après le 20 kilomètres marche messieurs et la victoire de Massimo Stano. Mais «la formidable série italienne a commencé le dimanche 1er août avec le titre olympique le plus médiatique, celui de Marcell Jacobs sur 100 mètres (premier Européen sacré depuis les JO de Barcelone en 1992). Le sprinteur a été sacré une dizaine de minutes seulement après son compatriote Tamberi, champion olympique du saut en hauteur. Les deux sont tombés dans les bras l’un de l’autre, au terme d’une séquence exceptionnelle pour le sport italien»:

On a dit, naturellement: ce sont les Jeux de la pandémie. Mais Courrier international relève que «pour une partie de la presse japonaise, ils auront offert une parenthèse salutaire. […] Vingt-sept médailles d’or, douze d’argent, dix-sept de bronze. Les athlètes japonais ont largement battu chez eux, cette année, le record de 41 médailles remportées aux JO de Rio de Janeiro en 2016», rapporte le quotidien sportif Chunichi Sports. «Le fait que les épreuves aient été organisées au Japon nous a beaucoup aidés. Un grand nombre nous a soutenus et nous avons réussi à transformer notre gratitude en résultats», s’est félicitée Mitsugi Ogata, responsable du Comité olympique japonais, cité par le Daily Sports, lui-même repris par la plateforme Yahoo Japan.

«Signe que les Japonais, qui s’opposaient farouchement au maintien des JO il y a quelques mois encore, ont suivi la compétition avec intérêt, le taux d’audience de la cérémonie d’ouverture du 23 juillet a atteint 56% dans la région de Kanto qui abrite les mégalopoles de Tokyo et Yokohama, selon le Nihon Keizai Shimbun. Autre indice qui permet de penser qu’un changement s’est opéré dans l’opinion publique: la fréquentation de la boutique des produits dérivés des JO (peluches, T-shirts, etc.) à Odaiba, à proximité du village olympique, a été multipliée par sept après le début de la compétition.» Ce, «alors qu’un mois auparavant, elle n’avait presque aucun client», constate le journal Mainichi.

Pour le musicien Kenichi Maeyamada, qui a publié une tribune dans les colonnes d’Asahi, «ce revirement de l’opinion publique est plus que compréhensible. Les gens étaient fatigués des mauvaises nouvelles. Et puis les médias ont commencé à rapporter des informations positives, annonçant que les sportifs japonais raflaient médaille après médaille», écrit-il. «J’ai constaté que les Japonais étaient en manque cruel de divertissement. La pandémie s’est installée il y a un an et demi. La situation est tellement dure qu’il est tout à fait compréhensible que les gens cherchent à se défouler pour ne pas sombrer dans la dépression»…

… C’est comme si nous étions sous l’effet d’un antalgique puissant

Par ailleurs, le même quotidien indique que «la compétition et la détérioration de la situation sanitaire ne se sont pas déroulées dans deux mondes «parallèles». Il y a bel et bien un continuum entre eux», insiste son éditorialiste dans une pique adressée à Mark Adams. «Le porte-parole du Comité international olympique (CIO) avait balayé l’idée selon laquelle la compétition constituerait un facteur d’aggravation de l’épidémie en expliquant que les athlètes vivaient dans un monde parallèle, en allusion à la bulle sanitaire mise en place pour les isoler.»

«En pleine pandémie, renchérit la Frankfurter Allgemeine Zeitung, ces Jeux ont été un succès pour le Japon», il les a organisés «dans les conditions les plus difficiles qu’on puisse imaginer, sans contamination majeure de Covid-19 parmi les athlètes et les autres participants – avec efficacité et un sourire amical derrière les masques. Le Japon a démontré son hospitalité exceptionnelle à des dizaines de milliers d’athlètes, d’officiels et de journalistes.»

«Dans la bulle olympique, les sites de compétition – 38 au total – sont devenus d’étranges navires fantômes, selon le New York Times. Un surplus de bénévoles a patrouillé à des endroits qui n’ont vu aucune circulation piétonnière. Des troupes de danse se sont produites devant des gradins vides. Les annonceurs du stade ont excité avec enthousiasme des foules inexistantes. […] S’il n’y avait pas eu la pandémie, cela se situerait tout près du sommet des Jeux olympiques les mieux organisés, a déclaré l’historien olympique David Wallechinsky. […] Les Jeux olympiques dans leur ensemble ont ressemblé à une coquille d’huître sans perle.»

A Moscou, les Izvestia écrivent qu'«en l’honneur des athlètes revenus des Jeux olympiques, l’hymne de la Fédération de Russie a retenti sur la place Rouge». Le public a notamment pu entendre le tube du groupe Queen We Will Rock You, qui a intégré le flash mob #wewillROCyou lancée sur le web (ci-dessus) en soutien aux athlètes […] qui ont joué sous le drapeau du Comité olympique russe (ROC). Un musicien participant aux festivités a aussi lancé: «C’est un grand bonheur que nous ayons une telle équipe, que nous ayons des gars incroyables et talentueux qui ont donné leur meilleur jeu. […] A vos mentors, votre famille, vos amis et tous les fans qui ont été malades et ont perdu la voix pendant ces jours de folie!»

En guise de «cadeau final», «fidèles à la tradition, les quelque 4000 athlètes et entraîneurs de plus de 200 pays qui étaient encore présents dans la capitale nippone et qui ont défilé dans le stade [ce dimanche] ne l’ont pas fait sagement rangés derrière leurs drapeaux nationaux, comme lors de la cérémonie d’ouverture, mais se sont mélangés autant que le cœur leur disait dans une atmosphère de carnaval», conclut Le Devoir de Montréal. Pour dire que ces Jeux ont aussi été ceux de l’amitié, d’émotions invraisemblables et d’espoir d’un monde plus libéré pour demain.


Retrouvez toutes nos revues de presse.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.