éditorial

Scandale 1MDB: l’échec dramatique des banques

Le pillage du fonds souverain malaisien montre que les contrôles anti-blanchiment mis en place depuis plus de vingt ans ne fonctionnent pas. Surtout quand les clients sont très riches

Le scandale 1MDB, c’est quoi? Le grand public n’a sans doute entendu parler de cette fraude planétaire que parce qu’elle a permis de financer le film Le Loup de Wall Street avec Leonardo DiCaprio.

Ce sera peut-être le seul héritage positif de l’affaire. Car, pour le reste, le pillage en règle du fonds souverain malaisien, avec son orgie de dépenses somptuaires, restera comme un monument pathétique à la cupidité humaine. Et comme la preuve que les défenses anti-blanchiment mises en place à grands frais depuis vingt ans, notamment par les banques suisses, restent largement inopérantes.

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Sur les quelque 4,5 milliards (!) détournés par les dirigeants de 1MDB et leurs complices, la majeure partie est en effet passée par des banques suisses ou leurs filiales à Singapour. Il y a un an, le gendarme helvétique du secteur, la Finma, s’était inquiété d’un «risque accru» de blanchiment. En allant chercher de plus en plus loin leurs clients – exit la bourgeoisie européenne qui ne payait pas ses impôts, bienvenue aux nouveaux riches du monde émergent –, la place financière suisse est allée au-devant de dangers inédits. Les voici exposés de manière éclatante grâce à l’enquête menée sur 1MDB aux Etats-Unis, en Suisse et à Singapour.

Première leçon pour les banques: se méfier comme de la peste des fonds souverains, ou de véhicules qui s’en donnent l’apparence. La signature d’un premier ministre sur une transaction n’est pas un gage de légalité, même quand elle vient du dirigeant d’un pays réputé sérieux, comme l’était la Malaisie avant le scandale. La gouvernance des fonds souverains malaisien et d’Abu Dhabi – dont les anciens dirigeants ont été complices de la fraude – apparaît, dans cette affaire, dramatiquement faible.

Deuxième leçon: il n’y a toujours pas de contre-pouvoir, ou d’équilibre des pouvoirs, dans les banques. A quoi sert de construire de coûteux services de conformité légale, ou «compliance» – ce que toutes les banques suisses ont fait –, si leur avis est balayé par la direction comme cela s’est passé chez BSI et Falcon Bank, deux établissements helvétiques qui sont au cœur du scandale?

C’est la troisième leçon de l’affaire: les clients très riches ou VIP jouissent de passe-droits inconnus des petits épargnants, parfois contraints de justifier des montants minuscules. Dans l’affaire 1MDB, les acteurs de la fraude étaient des hommes puissants, jouissant d’appuis politiques et capables d’amener des centaines de millions de dollars cash à leur banquier. Cela leur a permis de déjouer tous les garde-fous.

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On souhaiterait qu’à l’avenir, les banques, suisses et autres, consacrent leur vigilance à des affaires plus graves que la seule évasion fiscale individuelle qui a tant retenu leur attention ces dernières années.


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