Depuis quelque temps, il semble de bon ton de s’offusquer du niveau élevé de la dette du canton de Genève, comme de sa prétendue augmentation délibérée. A entendre divers observateurs et acteurs politiques de tous bords, on croirait que cette dette est apparue sur les comptes de l’Etat un beau matin de la législature en cours. On serait également tenté de considérer le niveau de la dette comme une fin en soi, faisant fi de son opportunité en matière d’investissements, de son coût réel, ainsi que du contexte dans lequel nous nous trouvons. Sans avoir la prétention de couvrir ce sujet éminemment complexe en quelques paragraphes, le rappel de certains éléments factuels devrait permettre de recentrer le débat.

Au cours des années 90, le canton accumule les exercices déficitaires et la dette genevoise passe d’un peu plus de 4 milliards à 10 milliards de francs. Cette croissance spectaculaire résulte alors de choix conjoncturels du Conseil d’Etat, entérinés par le Grand Conseil, consistant à creuser la dette plutôt que d’augmenter les impôts ou de couper dans les dépenses. Malgré la haute conjoncture du début des années 2000, puis celle de la décennie suivante, la poursuite d’une politique d’investissements directs importants a entamé à mesure les bénéfices réalisés, lesquels auraient pu servir à rembourser la dette. A cela est venue s’ajouter la réalisation de risques financiers majeurs avec, en tête, la recapitalisation de la Banque cantonale de Genève, qui propulse la dette à plus de 13 milliards de francs en 2006. Celle-ci redescend les années suivantes, avant de repasser la barre des 13 milliards en 2014, à la suite de la recapitalisation de la CIA (Caisse des enseignants et de l’administration centrale avant la fusion avec la Caisse du secteur de la santé).