Le gazouillis qui a parasité le nouvel Elysée

France Preuve est maintenant faite que, si vous voulez envoyer un missile, Twitter est efficace

Mais le «tweet»de Valérie Trierweiler empêchera-t-il la mère des enfants du chef de l’Etat d’être élue dimanche? Question abyssale…

Qu’est-ce qu’un couple «normal»? Un couple uni, qui tient bien ensemble? Par exemple un couple présidentiel non marié avec une ex-présidentiable alors non mariée non plus, qui cherche maintenant à se faire élire en province et à décrocher, presque du même coup, le perchoir de l’Assemblée nationale française? C’est en tout cas la définition caricaturale qu’en a donné mercredi le dessinateur Burki dans 24 Heures: Valérie et François dans leur lit «conjugal», dos à dos, tweetant comme des malheureux sur leur smartphone très smart. L’un avec une photo de Ségo sur sa table de nuit, l’autre avec le dernier numéro de Paris Match. Magazine dont le site internet proposait mercredi un article intitulé «Trierweiler: idiot de parler de jalousie» mais qui – allez savoir pourquoi – restait non cliquable. Pourtant, à propos de ce psychodrame qui agite la France de l’entre-deux-tours, il aurait été intéressant de connaître le détail.

Selon la Tribune de Genève, que résulte-t-il de ce «tweet» de trop? Que François Hollande est désormais «empêtré dans le Trierweilergate». Terme ronflant né parce qu’elle a taclé «son mec via Twitter», dit Le Matin de Lausanne. Et provoqué ainsi «une onde de choc» gazouillante où l’on apprendra que le toujours actif Jean-François Kahn a dit cette horreur: «sur #europe1 à propos de #ValérieTrierweiler: «Soit il la fait taire, soit il la vire!»:-).»

Amusant, non, cet épisode de soap opera, que le site Slate.fr analyse de manière très détaillée? Alors que le Bild allemand parle, lui, sans peur ni reproche, de «Zickenkrieg», («guerre des chèvres») dans un article qui commence, en français dans le texte, par un «Oh là là» a priori navré mais en réalité jouissif.

Donc, en résumé, le soutien de Valérie Trierweiler à l’adversaire socialiste dissident de Ségolène Royal à La Rochelle est considéré comme un «règlement de comptes» entre femmes. «Une scène digne de Molière ou de Macbeth», aux yeux du New York Times. C’est une guerre qui reprend, amplifie El País. Via un tweet «assassin», estime le Corriere della sera, que celui du Ticino voit, pour sa part, comme «un geste de jalousie». Pour ne pas dire autre chose… Comme le Daily Mail, titrant, avec cette habituelle élégance qui le caractérise, que «le rottweiler mord par-derrière».

«Avec Cécilia, puis Carla Sarkozy, on avait connu l’Elysée bling-bling. Avec Valérie Trierweiler, voilà l’Elysée bourre-pif», écrit de son côté L’Alsace dans son brillant éditorial de mercredi: ainsi, «le Château est revenu dans la rubrique people des journaux: c’est peut-être cela, une présidence normale… […] Le théâtre de boulevard raffole de ces situations faites de jalousies, d’ambitions et de haines recuites» qui sapent «des mois d’efforts de François Hollande pour apparaître fort, serein et rassurant». Le chef de l’Etat [semble être l’otage] «de ses amours successives, exactement comme son prédécesseur. De façon plus violente même.» Et c’est «déprimant» pour Libération, puisque nous voilà ramenés «à certains errements du sarkozysme» et à ce «mélange des genres entre vie privée et vie publique [qui] revient par la fenêtre».

Au moment où Le Figaro se délecte du fait que le discours du président devant le Conseil économique, social et environnemental, mardi après-midi, est du coup «passé inaperçu», le quotidien alsacien ajoute: «Cette polémique socialo-socialiste redonne une bouffée d’oxygène bienvenue à l’UMP. Qui a parlé, [mardi], des clins d’œil qui se multiplient à droite, en direction du FN? Pas grand monde. La guerre des jupons roses (rosses!) occulte les points marqués depuis dimanche par deux autres femmes: la fille et la petite-fille de Jean-Marie Le Pen.» Manœuvre ou pas, pour La Nouvelle République du Centre-Ouest, on n’a pas affaire ici au «léger gazouillis frais et innocent d’un moineau au printemps. C’est un Scud adressé par Valérie Trierweiler à Ségolène Royal.» Dont la tête explosive est chargée du «fiel des inimitiés personnelles entre femmes», dit Le Journal de la Haute-Marne.

Mais cela illustre, déplore La Montagne, le «niveau zéro de la politique», coincé dans ce que Sud-Ouest appelle «un vaudeville» à «La Rochelle… ce nouveau Dallas». Coincé, vraiment? Ou orchestrateur – le doute est permis, non? – d’une certaine frange du PS qui ne verrait aucun intérêt à ce que Ségolène soit élue? Pan sur les doigts: oublions cette hypothèse sulfureuse. Reste que c’est une «drôle d’image qui nous est offerte d’un président pris en sandwich entre deux femmes de caractère», constate Le Républicain lorrain. Qui ajoute: «Preuve est maintenant faite que si vous voulez envoyer un obus, Twitter est efficace.» Il suffit d’y mettre du «venin», estime L’Union/L’Ardennais, tout en précisant que la compagne de François Hollande, «en s’en prenant à la mère des enfants du chef de l’Etat», garantit «le buzz dense de cynisme et d’ironie».

Alors question de fond – la seule – que pose le site de RMC sur cet esclandre:«Est-ce vraiment le rôle d’une première dame d’intervenir dans le débat politique? C’est discutable. Que peut-on dire? Sois belle et tais-toi? J’entends depuis [mardi] quelques propos un peu machistes. Du genre, «décidément Hollande est un mou, il ne fait même pas la loi à la maison». […] Valérie Trierweiler n’a aucune intention de jouer les potiches. Ses modèles sont plutôt à aller chercher du côté de Danielle Mitterrand ou encore d’Eleanor Roosevelt.» Voir à propos de cette First Lady l’article qui pousse au crime, celui de V. T. dans le dernier Match. C’est une matière à psychanalyse.

Même s’il n’y avait sans doute rien de mieux cette semaine pour attirer l’attention, Le Monde donne en toute simplicité, dans son édition de jeudi, le titre suivant à son éditorial: «Conseil à la première dame: oublier Twitter.» Car, comme le dit Le Figaro, on vient de vivre «tout autant un acte politique grave, lourd de conséquences, qu’un épisode digne d’un vaudeville sur lequel on n’a pas fini de gloser et de sourire. Normal, François Hollande et sa compagne l’ont bien cherché! Telle pourrait être la morale de l’histoire.»

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