Transparence

La «Schadenfreude» du banquier nostalgique

ÉDITORIAL. Des données bancaires transmises via l’échange automatique ont été piratées par un hacker en Bulgarie. Les tenants du secret bancaire ont leur petit plaisir, mais l’ère de transparence fiscale survivra à ce couac

«On vous l’avait bien dit», ont certainement pensé, petit sourire en coin, certains banquiers suisses en découvrant que la Bulgarie s’était fait voler des millions de données financières. Cette Schadenfreude ne vise pas ce petit pays, mais l’échange automatique de données bancaires, mis en place après la crise financière de 2008. Pour une partie de la place financière, ce piratage apporte la preuve qu’il ne fonctionne pas. Ou qu’il est dangereux. Et que des banquiers ont eu raison de le combattre, même s’il a fini par avoir la peau du secret bancaire.

Parmi les millions de données volées au sein du fisc bulgare, certaines lui avaient été envoyées par d’autres pays où des Bulgares possèdent des comptes bancaires – dont probablement la Suisse, donc. C’est apparemment l’œuvre d’un professionnel de la cybersécurité, qui offre aujourd’hui une douce revanche aux nostalgiques du secret bancaire.

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Ces derniers avaient plutôt dénoncé d’autres risques découlant du partage tous azimuts d’informations bancaires. Des fonctionnaires corrompus risqueraient de les céder à des mafias locales qui trouveraient des cibles idéales pour du kidnapping ou des rançons. Des pays autoritaires pourraient imposer de sévères représailles à leurs contribuables ayant de l’argent caché en Suisse ou ailleurs.

Le piratage bulgare remet-il en cause l’échange automatique? Probablement pas. L’OCDE, qui chapeaute les transmissions au niveau international, en a exclu la Bulgarie jusqu’à ce que la sécurité des données soit renforcée. L’organisation a bien précisé que son système d’échange centralisé n’avait pas été hacké, et donc que tout allait bien.

En outre, l’échange automatique ne l’est pas vraiment. Un pays peut refuser d’envoyer des données bancaires à un pays qui ne présente pas de garantie suffisante en matière de confidentialité et de sécurité. La Suisse, par exemple, a décidé d’attendre qu’une quinzaine de juridictions plus ou moins exotiques musclent leurs infrastructures avant de leur envoyer quoi que ce soit. Dommage que la Bulgarie n’en fasse pas partie.

Surtout, on voit mal l’opinion publique revenir en arrière sur l’ère de transparence fiscale qui s’est imposée depuis le milieu des années 2010. A l’heure où tout le monde craint de se faire voler ses données, le commun des mortels se réjouira que, pour une fois, ce ne soit pas lui la victime. Chacun sa Schadenfreude.

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