La libre circulation des personnes, source de métissages, de créativité, de concurrence et de débouchés stimulateurs, est plus que jamais le symbole de l'Europe. Alors que le traité «modificatif» de Lisbonne a renoncé à mentionner le drapeau et l'hymne de l'Union, l'élargissement, ce vendredi, de l'espace Schengen à 24 pays est plus fort que toutes les couleurs et toutes les symphonies.

La disparition des frontières intérieures de l'UE, moins l'habituelle dérogation britannique, est évidemment un pari. Le pari que de nouvelles mentalités émergeront, au-delà des chocs provoqués par les mouvements de population d'est en ouest. Et qu'ainsi se forgera une conscience européenne, indispensable à l'aura du Vieux Continent et à son dynamisme économique.

Le pari que, très vite, les gains éducatifs, culturels et l'esprit entrepreneurial l'emporteront sur les résistances par ailleurs compréhensibles des populations les plus vulnérables et les plus rétives au brassage. Le pari, enfin, de la capacité de l'Europe à se saisir de la question cruciale de la sécurité, des migrations et des trafics. L'Europe unie doit, pour cela, investir massivement, en hommes et en moyens, sur le contrôle de ses frontières extérieures.

L'autre condition, pour réussir ce pari européen, dont la Suisse devrait être partie prenante à la fin 2008, est de nommer les problèmes, et de lever autant que faire se peut les ambiguïtés sur les futures frontières de l'espace Schengen. Le problème posé par les Roms en Italie impose de réfléchir sérieusement, et surtout sans a priori, aux sanctions contre les ressortissants de l'UE bafouant les lois nationales, alors que la Roumanie et la Bulgarie demeurent en dehors de Schengen. La question du futur accès des ressortissants des Balkans, Kosovars inclus, et des Turcs, doit être aussi déminée. La disparition des frontières exige une communauté de pays et de populations soudés autour d'une même vision de l'avenir. Et de ses contours.

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