Après le référendum contre la libre circulation des personnes mardi, celui qui s'en prend à Schengen/Dublin sera déposé aujourd'hui à Berne. De tous les accords bilatéraux, I et II, avec l'Union européenne, l'accord sur la lutte contre la fraude douanière est celui dans lequel la Suisse a dû faire le plus de concessions. Elle y a même laissé quelques plumes de sa souveraineté. La matière en est toutefois ardue, on peine à y trouver des symboles forts et on désespère d'en expliquer les détails du mécanisme. Aussi personne n'a-t-il songé à l'attaquer, même pas les nationalistes les plus sourcilleux, prompts à bondir sur tout ce qui pourrait menacer l'indépendance du pays. A l'inverse, l'accord sur Schengen/Dublin est celui qui exprime le mieux l'habileté et la créativité des négociateurs helvétiques, qui ont dû triompher à la fois du scepticisme de leurs mandants et de l'hostilité de leurs partenaires. Ils ont non seulement réussi à faire entrer la Suisse dans un système de sécurité européen en en discutant âprement les conditions, mais encore à faire inscrire dans le texte de l'accord la reconnaissance internationale du secret bancaire. Mais comme Schengen/Dublin implique une modification de l'organisation des contrôles aux frontières, thématique hautement symbolique, propice aux manipulations émotionnelles et aux élans tripaux, c'est l'accord que l'UDC a choisi pour en faire le vaisseau amiral de son offensive contre le régime.

L'accord sur Schengen/Dublin restera sans doute, à l'épreuve du temps, l'un des plus beaux succès de la diplomatie helvétique. C'est précisément celui que les amis de Christoph Blocher auront choisi comme symbole de l'abandon et de la capitulation, et ceci bien avant, il faut le rappeler, de savoir quel en serait le contenu. Ce contexte explique peut-être que l'UDC ait dû imposer à ses membres, dont certains se permettaient de nourrir quelques doutes, une discipline quasi totalitaire.

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