Il y a cinq ans, Martin Schulz, le candidat socialiste à la Chancellerie allemande, semblait en mesure de battre Angela Merkel avant de sombrer dans les urnes avec le plus mauvais score pour son parti depuis 1933. Cette année, Olaf Scholz, parti au plus bas avec une formation politique qui dégringolait dans les intentions de vote derrière la CDU et les Verts, est en passe de créer la surprise. Si la désignation du chancelier allemand devait se décider par une élection directe, Scholz serait largement élu le mois prochain. Et, sondage après sondage, le SPD remonte dans les intentions de vote: après avoir doublé les Verts il y a quelques semaines, il fait jeu égal avec la CDU ces jours-ci, pointant même en tête dans le Bade-Wurtemberg voisin. Après seize ans de règne Merkel, son pouvoir d’entraînement sur les électeurs semble s’éroder. Il y a là une logique d’alternance qui profite à Scholz – même si l’Allemagne est gouvernée par une coalition CDU/CSU/SPD. Il y a sans doute la faiblesse de ses concurrents, comme le soulignent les commentateurs en Allemagne. Il y a peut-être aussi un mouvement plus profond qui profite à ce représentant de l’aile centriste du SPD: le besoin d’un retour de l’Etat dans le pilotage de l’économie. Scholz, ministre actuel des Finances, a été déterminant dans le plan de relance allemand et européen face à la crise du covid sonnant la fin de l’ère de l’austérité. Il a par ailleurs joué un rôle remarqué pour imposer l’idée d’une taxe mondiale sur les entreprises. Si son parti devait devancer les Verts, voire la CDU, il serait en position de diriger l’Allemagne. Les deux principales puissances démocratiques, les Etats-Unis et l’Allemagne, seraient gouvernées à gauche. Une situation inédite depuis Schröder et Clinton. Mais l’Allemagne tout juste réunifiée était alors convalescente. Son rôle est aujourd’hui déterminant en Europe.

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