Comment est-ce possible? Il n'est encore qu'accusé – c'est-à-dire en principe innocent – que René Osterwalder, dont le procès s'ouvre aujourd'hui à Zurich pour tentative d'assassinats, actes sexuels et violences sur plusieurs enfants, cristallise sur sa personne, comme un Marc Dutroux, cette question anxieuse. Elle n'est pas nouvelle mais les réponses qu'on lui apporte ont varié. Et il faut bien l'avouer: notre époque laïque n'est pas la mieux équipée pour rendre de compte de comportements qui semblent s'identifier au mal absolu.

Aussi hésitons-nous entre deux approches. L'une recherche un criminel né, déterminé biologiquement et donc irrémédiablement différent de vous et de moi. L'autre voit dans le grand pervers un humain comme un autre, mais qui dans son enfance a appris la haine et la froideur plutôt que l'amour et l'empathie. Cette dernière, politiquement plus correcte, nous incite à distinguer, de génération en génération, une sorte de fil du mal qu'il suffirait de couper pour espérer un monde meilleur. La première, qui ressurgit dans plusieurs études récentes, rassure parce qu'elle délimite sûrement le monstrueux du normal.

Depuis le XIXe siècle, le balancier scientifique hésite entre ces deux approches. Leur alternance reflète autant l'émergence de sensibilités différentes face à la déviance que l'avancement des connaissances. Et toutes deux laissent le juge bien seul face à la question de la responsabilité pénale de ces accusés hors du commun. Car la question, à ce stade, n'est pas de savoir si les déterminismes pesant sur un individu donné sont biologiques, sociaux ou, ce qui est plus vraisemblable, composites. Il s'agit de discerner la marge que ces déterminismes laissent à la liberté individuelle. Une opération qui tient plus du postulat moral que de l'interrogation scientifique.

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